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Mauvaise langue est le dernier Prix Fémina 2007. Cet ouvrage est recommandé dans les milieux éducatifs, notamment pour sa défense de la langue française.
Cécile Ladjali, 36 ans, est à la fois enseignante, romancière et essayiste. Elle est l’auteure, avec Georges Steiner, d’Éloge de la transmission (2003).
Dans Mauvaise langue, l’auteur part d’un constat fait sur le terrain, dans les classes de banlieue où elle enseigne : la langue des jeunes s’appauvrit de jour en jour, tant sur le plan du vocabulaire que de la syntaxe. La conséquence majeure est qu’une certaine jeunesse ne peut pas ou ne sait pas dire qui elle est.

Ladjali est persuadée, à juste titre, que la langue est la maison de l’être (M. Heidegger). Nous habitons une langue avant d’habiter un pays. Sans les mots, il nous est impossible d’envisager un rapport aux autres. La « mauvaise langue », c’est cette langue appauvrie des jeunes, truffée de raccourcis, de fautes, de barbarismes, doublée d’une orthographe désastreuse. Ladjali, même si elle reconnait les néologismes et l’avantage d’être « bilingue », dénonce avant tout ce « mal parler » qui veut se donner un genre.
Ce barbarisme préfigure la barbarie : l’approximation et la familiarité sont les manifestations premières d’un glissement progressif vers l’anomie, l’absence de code, c’est-à-dire la négation même de la civilisation, fondée sur les règles de la vie en société.

Ladajli dénonce les dérives démagogiques actuelles, le nivèlement par le bas et le relativisme culturel qui dénie aux enfants l’accès au beau. C’est pourquoi elle exige pour tous la rigueur de l’orthographe et de l’analyse grammaticale, l’accès aux grands auteurs, la création théâtrale... bref l’élitisme pour tous... Et ce n’est pas que du discours, toutes ses réflexions sont issues de sa pratique.

Les aspects méthodologiques sont cependant peu abordés. Si l’apprentissage par cœur préconisé par l’auteur n’est pas dérangeant, on perçoit en filigrane que le professeur doit incarner le savoir, l’effet maitre est prépondérant dans ses propos, beaucoup trop.

Enfin, au détour d’une page, cette citation qui heurte de plein fouet les convictions socioconstructivistes : « Je redoute ces pratiques qui consistent à mettre l’élève en situation de chercheur ou de linguiste en herbe, lors de ces moments de conquête qui ne sont ni la préparation ni le résultat d’une leçon apprise par cœur ou d’un cours magistral. »
Il n’empêche que Ladjali croit qu’en chaque jeune, il y a une humanité en devenir. Elle fait le pari de l’éducabilité de chaque individu, et c’est déjà beaucoup !