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Rédigé à deux mains par une criminologue et un sociologue, ce livre s’avère bien utile aux acteurs de l’école. D’abord parce qu’il nous ouvre bien grand des horizons : comment envisage-t-on la question de la jeunesse dans d’autres secteurs que celui de l’enseignement ? Sont ainsi examinés les différents aspects du problème (emploi, déviance, scolarité), mais aussi les différents acteurs destinés à encadrer la jeunesse. L’occasion de découvrir ce secteur si méconnu pour nous, travailleurs de l’école, qu’est l’Aide à la jeunesse.

Les auteurs ne se contentent pas de faire une mise en perspective dans le temps présent, ils examinent aussi l’évolution des représentations de la jeunesse, de ses problèmes et de ses besoins au cours de ces trente dernières années. Cette double prise de recul nous aide à relativiser les évidences actuelles, qui conduisent de plus en plus à des politiques répressives ; par exemple, il est bon de se rappeler qu’en des temps pas si lointains, on pouvait penser la question de l’autorité autrement que par la mise au pas des récalcitrants.

Même si les auteurs indiquent clairement dans certains passages leur parti pris, leur travail aide à mettre en tension les discours auxquels l’urgence ne nous permet plus de réfléchir à tête reposée. C’est même la frustration principale qui nous reste en refermant cet ouvrage. Sans doute, y répondre n’était pas dans le propos de ce livre de poche, destiné d’abord à un large public. Mais ce serait aussi la demande qu’on aurait envie de formuler à ses auteurs : un second volume. Où l’on dégagerait du tableau brossé quelques mots-clés utilisés quotidiennement et à tout va par tous les travailleurs en contact avec la jeunesse, pour les interroger : qu’entend-on par « autorité », par « encadrer un jeune », par « rapport à la loi », etc.
Là-dessus, nous aurions bien besoin, dans l’école, d’entendre comment un juriste, un criminologue, un sociologue, mais aussi un éducateur de rue, un assistant social... peuvent poser le problème, en utilisant les mêmes mots que nous, mais avec d’autres logiques de réflexion. Non pas pour constater que tout est relatif, mais pour construire, en enrichissant nos logiques scolaires d’autres logiques.

Vous l’aurez compris : voici un petit ouvrage important pour comprendre que ce qui se vit à l’école s’inscrit dans un cadre beaucoup plus vaste, cadre que nous avons intérêt à comprendre et à penser. L’école ne s’en sortira pas toute seule. On l’avait presque oublié. Ce petit livre nous le rappelle avec force.
Dernier point, et non des moindres : cet ouvrage traite de la réalité belgo-belge. Pas besoin, pour une fois, de se référer aux statistiques et aux réalités sociales de nos voisins pour réfléchir.

Référence : C. NAGELS et A. REA, Jeunes à perpète. Génération à problèmes ou problème de générations, Academia Bruylant, 2007.