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Accueil / CDoc / Recensions / 25 pratiques pour enseigner les langues

Il faut certainement saluer le dynamisme et la productivité du secteur langue du Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN). Après les ouvrages collectifs Réussir en langues et Se construire un vocabulaire en langues, un nouvel ouvrage vient de voir le jour : 25 pratiques pour enseigner les langues. Il est divisé en deux parties : la première s’attache à définir ce que représente le fait d’enseigner les langues aujourd’hui, la deuxième propose 25 activités pratiques.

Les pratiques s’appuient bien évidemment sur ce qui constitue les fondements de l’éducation nouvelle : l’auto-socio-construction des savoirs. À partir de situations présentant des obstacles à surmonter, les démarches proposées visent à susciter, chez l’apprenant, des cheminements cognitifs lui permettant la construction de ses savoirs. Les élèves sont invités à chercher, imaginer, créer, d’abord seuls, ensuite en groupe. Les 25 activités sont présentées de manière détaillée : découpées en différentes phases, avec des consignes claires et un timing indicatif. Des commentaires et des témoignages des enseignants viennent compléter le tout. Les ateliers sont proposés dans une grande variété de langues, principalement en anglais et espagnol. Soulignons au passage un atelier en picard ! Évidemment, rien en néerlandais, mais le transfert peut aisément se faire pour les enseignants belges.

Même si elles ne sont pas énoncées telles quelles, on retrouve, dans ces activités, les phases « classiques » de la didactique des langues : présentation et contextualisation de la situation, fixation du lexique, de règles grammaticales, production orale et écrite, et évaluation sous forme d’analyse du processus et du produit. Notons qu’à la différence du « système » belge, les élèves sont davantage mis en activité, la prise en compte des représentations initiales et la mise en recherche sont centrales, ce qu’illustre cette citation extraite du livre : « L’apprentissage d’une langue est une activité de communication, et la communication est une activité d’apprentissage. »

L’autre intérêt du livre réside dans sa première partie, principalement rédigée sous la plume de Maria-Alice MÉDIONI. Elle y retrace rapidement l’histoire de la didactique des langues, jusqu’à l’irruption du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) en 2001. Dorénavant, il ne s’agit plus simplement de communiquer avec l’autre, mais d’agir avec lui en langue étrangère : on parle dorénavant de perspective « actionnelle » dans la didactique des langues. Concrètement, cela se traduit, pour l’enseignant belge, par l’approche par compétences, qui depuis une dizaine d’années a envahi l’univers professionnel du professeur de langues.

La réflexion théorique est intéressante, car épistémologique, mais prend un air de « on le fait depuis toujours au GFEN et maintenant que c’est le CECRL qui vous le dit, faites comme nous, on vous l’avait bien dit ! » Nous savons, en Belgique francophone, combien l’approche par compétences a été mal accompagnée et a semé le trouble chez les enseignants, toutes disciplines confondues d’ailleurs. L’ouvrage ne met peut-être pas suffisamment en exergue les limites de cette approche, une certaine forme de naïveté sans doute, parce qu’il s’agit de pratiques innovantes pour la majorité des enseignants français. Il n’empêche que l’approche proposée par le GFEN peut agréablement surprendre les praticiens en langue et apporter, dans l’approche étouffante des compétences « à la belge », une bouffée d’air frais dans le registre didactique et créatif.

GFEN - Secteur langues, 25 pratiques pour enseigner les langues, Chronique Sociale, 2010. Voir aussi le site régulièrement mis à jour : http://gfen.langues.free.fr/