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Accueil / CDoc / Recensions / Raconte-moi ta langue…

Dans un petit village alsacien, dans un milieu fortement homogénéisé culturellement, deux institutrices s’évertuent à faire tomber les barrières. Les barrières des stéréotypes, des préjugés, du racisme vis-à-vis de l’autre, celui qui a d’autres habitudes que moi, qui s’habille différemment, celui qui parle une autre langue que moi.

L’originalité de cette démarche est justement de prendre appui sur la langue pour aller à la rencontre de l’Autre. L’entrée par la langue permet une accélération du processus de décentration de soi. Les portes de l’école s’ouvrent, la classe n’est plus fermée. Différentes langues font leur apparition dans la classe, la langue française perd son statut de langue dominante.

Au travers de ce reportage d’une cinquantaine de minutes, nous découvrons comment il est possible de valoriser le « bilinguisme ignoré » des classes. Dans le fond, rien de très sensationnel, car la diversité linguistique et culturelle est (ou devrait être) naturellement présente dans les classes. Concrètement, tous les samedis matin, les enfants découvrent des mots, des chansons, des chiffres, une écriture, des traditions d’une autre langue et d’une autre culture. Ces découvertes se font principalement au travers de rencontres avec les parents d’enfants d’origine étrangère, mais aussi de parents alsaciens de souche. Pas d’instrumentalisation de la culture de l’autre ici, pas de « folklorisation » non plus, car ce sont bien les objectifs d’apprentissage qui priment. L’enseignant reste clairement garant des apprentissages et du cadre. Le reportage comprend également le regard éclairant et pédagogique d’une enseignante chercheuse en IUFM (Institut universitaire de formation des maitres) et de ses étudiants, futurs enseignants.

À différents niveaux, les effets de cette démarche sont perceptibles. Sur les familles et leur rapport à l’école, cette dimension d’ouverture de l’école joue comme une démystification de l’institution scolaire et va jusqu’à jouer un rôle d’intégration sociale. Pour les enfants, c’est un sentiment de fierté qui prend le dessus, car la langue parlée à la maison n’est plus cachée, tue. Nier la langue de la maison, c’est nier une partie de l’identité des enfants qui se présentent aux portes de l’école.

Un reportage à voir, à faire voir aux enseignants, aux futurs enseignants !

Raconte-moi ta langue… Documentaire de Mariette FELTIN, IUFM Alsace, 2008. Voir aussi www.racontemoitalangue.net.