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Le questionnement de l’auteure est centré sur l’accueil et l’accompagnement pédagogique des enfants ayant des troubles du comportement et du caractère ne relevant ni d’une structure psychotique ni d’une déficience. Le travail est basé sur la lecture clinique d’échecs scolaires d’élèves accueillis en Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP), un enseignement spécialisé donc.

Une première partie analyse l’échec scolaire d’une jeune fille nommée Gaïa, afin d’identifier les ingrédients psychiques qui rendent la vie scolaire et sociale troublée. (Les autres élèves de la classe ont eu la même place et la même attention dans le cadre du lien pédagogique.) Le choix s’est porté sur Gaïa pour déplacer les difficultés de celle-ci et pour montrer l’importance des phénomènes inconscients associés ou sous-jacents à des troubles d’ordre cognitif.

Dans la deuxième partie, sont analysées et comparées différentes théories psychanalytiques et psychiatriques. Y est abordée aussi la théorie des sujets-limites, c’est-à-dire des personnes souffrant de pathologies-limites ou de rapport-limite au corps privé (corps vécu, ressenti, sexué…) ou au corps public (communauté avec ses lois et ses contraintes).
La troisième partie est consacrée au panorama des troubles repérés par leur insistance, leur prégnance, leur présence répétitive envahissant la scène scolaire, leurs effets dévastateurs ou catastrophiques pour le travail et surtout pour les enfants envahis et vivant cet échec comme un échec identitaire. Le projet pédagogique et thérapeutique doit viser un déplacement des automatismes défensifs qui se déclenchent par l’intrusion de la demande scolaire. C’est là que la Pédagogie institutionnelle adaptée va jouer son rôle.

La quatrième partie s’intitule Propositions vers une pédagogie institutionnelle adaptée. Les enseignants ont, pour la plupart, beaucoup d’expériences au sein des classes ordinaires. L’enseignant spécialisé n’a pas à conduire des thérapies individuelles. Néanmoins, il doit aller au-delà de ses compétences pédagogiques. Il a à articuler « pathologies, échecs multiples, comportements destructeurs… » à l’institution et aux connaissances.

Les enseignants spécialisés se sentent terriblement seuls face aux problématiques psychologiques, psychiatriques qu’ils rencontrent. Leur identité professionnelle est fortement secouée, ils sont angoissés par l’inadaptation des outils, des méthodes et des programmes.

L’auteure appelle au dialogue entre les neurosciences, la psychologie cognitive et les acquis de la psychanalyse sur l’inconscient pour adapter les pratiques éducatives ou pédagogiques au quotidien. Une approche clinique peut s’associer à une lecture des troubles cognitifs. Cela ne s’exclut pas ! L’enseignement et l’éducation spécialisés doivent considérer la dimension inconsciente non seulement des élèves, mais aussi des enseignants (le contretransfert) afin de permettre la ré-articulation à la communauté, à la loi, au savoir-vivre et à la culture.

La Pédagogie institutionnelle adaptée défend l’égalité des chances et l’auteure la définit ainsi : « L’égalité des chances, c’est d’avoir toutes les chances de vivre son inégalité… sans pour autant en faire une situation de HANDICAP. » À la lecture de ce livre (qui demande la connaissance du langage psychanalytique), on se prend à souhaiter que la formation initiale des enseignants, qu’ils se destinent à l’enseignement « ordinaire » ou « spécialisé », soit elle aussi ouverte à la dimension inconsciente.
Sylvie CANAT, Vers une pédagogie institutionnelle adaptée. Les besoins particuliers des élèves en situation de difficultés scolaires, Champ social Éditions, 2007.