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Une grammaire d’aujourd’hui, c’est en fait trois livres : Répondre aux questions des enseignants, Étudier le fonctionnement des textes, Étudier le fonctionnement des phrases et des mots. Ils ne datent pas d’aujourd’hui, mais bien de 2001 ! Ils étaient et restent une vraie révolution dans l’apprentissage de la langue écrite, de la maternelle (grande section) au début du secondaire.

« La grammaire ne peut avoir d’autre utilité que de permettre à chacun de comprendre comment fonctionne la langue qu’il parle, afin de donner le maximum de solidité à son pouvoir de communication. Faire de la grammaire, c’est donc étudier le fonctionnement technologique de l’outil de communication qu’est la langue, afin de mieux maitriser ce fonctionnement, et d’affirmer sa liberté de citoyen digne de ce nom. »

Les choses sont claires dès le départ, on va aider les enfants à comprendre, mais pas à retenir puis appliquer des règles. On va travailler sur la langue. Et tant pis pour les anciennes disciplines cloisonnées que sont conjugaison, orthographe, analyse et vocabulaire, qui ne sont que des secteurs différents d’une même réalité, la langue française.

La langue est intérieure. Tout enfant, en apprenant à parler, construit un ensemble de règles, le plus souvent inconscientes. Faire de la grammaire, c’est faire rendre conscientes ces règles utilisées sans le savoir. Le premier volume explique ce qu’est une langue (quel est le code commun entre le français parlé à Marseille et à Liège), comment ça marche, comment s’articulent l’oral et l’écrit, comment s’est construite notre langue écrite ?

Il propose une réflexion sur les contenus et les démarches pour arriver à accompagner les enfants dans leurs découvertes du comment on écrit, partant de l’organisation de textes vrais jusqu’aux choix conscients de telle lettre par rapport à une autre pour transcrire une suite de mots ayant un sens connu pour l’enfant. Le mot « livre » signifie « bouquin » ou l’action de livrer. Les mots « l’ivre » sont évidemment un autre choix possible, mais qui n’a de sens qu’en fonction du message à fournir. Il faut travailler (et très tôt) le fait que les mots qui se prononcent pareillement n’ont pas toujours le même sens. Des voiles noirs et des voiles noires : une lettre de différence et (les) deux sens différent(s). C’est là que tout se joue et qui permet de rendre la place et le choix des lettres tellement liés au sens. Et qui donnent sens à l’apprentissage de la grammaire à l’école fondamentale.

Les ouvrages 2 et 3 (Étudier le fonctionnement des textes, des phrases et des mots) sont un éventail de démarches pédagogiques et de propositions de planification des activités. Et toujours dans cet esprit de construire la connaissance du fonctionnement de la langue. La terminologie, les dictées sont évidemment abordées (et démontées, on ne soigne pas un malade avec un thermomètre) passant d’une vision « correcte » de la langue à une vision efficace de la communication. Faire de la grammaire, ce n’est pas étudier le sens pour trouver le fonctionnement, c’est le contraire. L’important est de manipuler, observer, discuter, analyser, formuler, pas de trouver ! Et tout ça pour comprendre les relations d’interdépendance entre les mots. Les constats ne sont pas à enseigner, mais à faire découvrir à partir de l’observation de collections suffisamment copieuses et nourries pour permettre les hypothèses provisoires. Ce sont ces collections (ainsi que les consignes d’observations, de classements) que les ouvrages proposent.

Bien sûr, la lecture de ces livres n’est pas évidente, demande concertations et digestion à plusieurs (un peu comme les ERMEL sur Les apprentissages numériques à l’école élémentaire) mais ils provoquent la déstabilisation nécessaire pour mettre les enseignants en « état de recherche », pour que ceux-ci proposent ces recherches aux enfants.

En tout cas, pour aider les enfants à étudier le fonctionnement de la langue, il faut d’abord, pour l’enseignant qui doit aider ces enfants, bien connaitre ce fonctionnement, et surtout savoir quels sont les obstacles que les divers aspects de ce fonctionnement peuvent opposer aux représentations spontanées des enfants. Vivement que l’école normale dure cinq ans pour qu’on prenne le temps d’étudier (et de comprendre) le fonctionnement et l’histoire de la langue avant de l’enseigner.

Éveline Charmeux, Michel Grandaty, Françoise Monier-Roland, Une grammaire d’aujourd’hui, Éditions SEDRAP, 2001.