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Accueil / CDoc / Recensions / Apprendre et enseigner en « milieu difficile »

Cet ouvrage est une sélection d’articles du Centre national de ressources sur les « pratiques éducatives et sociales en milieux difficiles », créé par le Ministère de l’Éducation nationale français. Dans ce livre, figurent des travaux de chercheurs, des réflexions d’enseignants et de professionnels de l’éducation qui touchent trois domaines : les choix politiques (en termes de discrimination positive), les pédagogies et les collaborations.

De la partie Quelles politiques pour quels élèves ?, nous retiendrons d’abord l’absence d’évaluation systématique des résultats obtenus, en termes d’efficacité grâce aux moyens supplémentaires octroyés dans le cadre de la discrimination positive. Mais aussi, nous nous rappellerons qu’en ZEP, pour apprendre à l’école, il faut apprendre l’école, que plus que la réussite, c’est la compréhension des apprentissages scolaires qui est essentielle. Nous apprendrons le manque d’études à propos de la spécificité du travail enseignant en ZEP, la méconnaissance de la recherche quant aux conséquences de certains phénomènes sociaux sur les conditions concrètes d’enseignement et d’apprentissage, sur les dispositions au travail et à l’étude comme sur les attentes et les ambivalences des élèves et de leurs familles à l’égard de l’institution scolaire. Nous lirons le danger d’une stigmatisation lorsque les politiques veulent cibler des personnes et des territoires.

La deuxième partie, Quelles pédagogies ?, se penche sur les stratégies d’apprentissage des élèves, sur l’adaptation des pratiques de l’école aux caractéristiques des élèves des milieux populaires, sur l’importance d’une connaissance des mécanismes par lesquels l’environnement social (aussi bien familial que scolaire) influence la cognition en développement, sur le langage et l’écriture pour apprendre, élaborer, penser, sur la nature de la lecture, activité intellectuelle à propos de laquelle les élèves en grande difficulté peuvent se méprendre, sur la nécessité de l’enseignement, par l’école, des pratiques d’écriture spécifiquement liées à l’activité intellectuelle. D’autres textes proposent des démarches pédagogiques intéressantes en mathématiques, en sciences. Plusieurs articles parlent d’individualisation ou de personnalisation, de leurs caractéristiques respectives et de leur apport. Il est intéressant de noter qu’un enfant en difficulté a sans doute plus envie de se fondre dans la masse que d’être l’objet d’une attention particulière, qu’il n’est pas sûr que tous les élèves aient envie de s’engager dans un processus de réussite… et qu’il faut donc se préparer à gérer ces contradictions. Enfin, un article sur le « désordre » scolaire dans les collèges de quartiers populaires pose la question de savoir si l’action pour faire face au désordre scolaire ne doit pas d’abord passer par la résolution des difficultés d’apprentissage influençant les comportements des collégiens.

La troisième partie qui pose la question Quelles collaborations ? questionne la nécessité et les raisons de l’implication des familles dans l’école, la collaboration des enseignants entre eux et avec d’autres acteurs au sein de l’établissement scolaire, la coopération entre chercheurs et praticiens, souvent sujet de déception réciproque, mais nécessaire pour une plus grande réflexivité des pratiques.

Centre Alain SAVARY, Apprendre et enseigner en « milieu difficile », Institut national de recherche pédagogique, 2006.