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Accueil / CDoc / Recensions / Les familles défavorisées à l’épreuve de l’école maternelle

Pour lutter contre les inégalités scolaires,
faut-il rendre l’inscription en maternelle
obligatoire ? L’équipe de sociologues sollicitée
pour mener une recherche sur ce sujet a
souhaité déplacer la question vers la relation
entre les familles défavorisées et l’école, s’intéressant
par là à une variable qualitative déterminante
à leurs yeux. En effet, l’inscription en
maternelle ne garantit pas automatiquement
des effets positifs sur la trajectoire scolaire
future des élèves. La fréquentation de l’école
maternelle peut être perçue par les familles
défavorisées autant comme une chance que
comme un risque. Et dans la pratique, les relations
qui s’instaurent entre ces familles et
l’école sont souvent problématiques, prenant
la forme du repli ou du conflit. Agir sur la relation
familles/école est donc une façon de lutter
contre l’échec scolaire. Comment structurer ces
relations de manière à ce que l’école soit perçue
par les familles défavorisées comme un lieu positif
selon leurs propres critères ? C’est l’objet de
cette publication.

Les enseignants sont en général dans l’ignorance
des conditions de vie des familles et
interprètent leur difficulté à respecter les
normes, les horaires comme une preuve de désintérêt
ou de mauvaise volonté. Eux-mêmes
apparaissent comme ceux qui savent comment
éduquer. Il y a aussi parfois un glissement d’un
problème social dont les familles sont victimes
à un problème personnel qui tend à rendre les
parents responsables de leur situation.

Pourtant, ce qui ressort des entretiens menés
est que les familles défavorisées valorisent
l’école maternelle, la considèrent comme importante
pour leur enfant, espèrent la réussite
scolaire de celui-ci et redoutent une orientation
vers l’enseignement spécial. Mais elles
ignorent complètement comment un élève
réussit à l’école, autrement qu’en étant physiquement
présent et en restant tranquille.
Plusieurs pistes d’action sont proposées, en
direction des enseignants, des parents et des
établissements. Pour que les enseignants
comprennent, par exemple, qu’une revendication
d’ordre matériel peut cacher une vraie
préoccupation du parent pour son enfant et/ou
la défense d’une identité sociale qu’il convient
de respecter. Pour doter les parents des repères
dont ils manquent pour comprendre l’école et
suivre la scolarité de leur enfant. Pour que des
dispositifs soient mis en place pour faciliter le
dialogue avec les familles dans l’école.

En complément de ce livre, une mallette pédagogique
L’école, pour nous, c’est… Familles
défavorisées et écoles : représentations et pistes
d’action a été publiée en aout 2008 par le Partenariat
D+ Schaerbeek-St Josse en collaboration
avec Lire et écrire Bruxelles. Elle propose
une série d’outils pour améliorer la relation
familles défavorisées-écoles.

É. Mangez, M. Joseph, B. Delvaux, Les familles
défavorisées à l’épreuve de l’école maternelle.
Collaboration, lutte, repli, distanciation, Cerisis UCL,
2002.