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Accueil / CDoc / Recensions / Parce qu’apprendre fait trop peur

Transformer la violence des élèves : derrière ce titre dont l’enjeu n’est déjà en soi pas négligeable, se cache un ouvrage dont le contenu ouvre une réflexion beaucoup plus large sur ce qu’est « faire apprendre ».

Daniel FAVRE part d’une question simple et essentielle : « comment un enfant, dont la curiosité semble insatiable, peut-il devenir un adolescent recherchant dans la violence envers autrui la satisfaction qu’il ne trouve plus à travers les apprentissages ou la rencontre avec les autres ? »

Pour répondre à cette question, ce Professeur d’université en sciences de l’éducation (IUFM de Montpellier) conjugue les théories récentes en neurosciences et sur la motivation à la célèbre théorie du « conflit sociocognitif » des néo-piagétiens, et à ses connaissances personnelles du terrain, tant des écoles secondaires que de la formation des enseignants.
L’ouvrage repose sur des idées fortes, développées, fouillées et reliées les unes aux autres. Seule une lecture de l’ensemble de l’ouvrage en donne toute la portée. Mais pour vous en donner l’envie, voici parmi celles-ci, celle que je retiens : Piaget l’avait déjà démontré, tout apprentissage passe par une déstabilisation cognitive ; mais l’auteur, en s’appuyant sur les neurosciences, démontre que cette déstabilisation cognitive s’accompagne toujours d’une déstabilisation affective, puisque ces deux circuits neuronaux sont intimement liés. Apprendre nécessite donc d’être capable de gérer cette mise en danger affective.

Or notre système scolaire omet cet enjeu-là, et contribue bien souvent à aggraver la déstabilisation affective. Comment ? Par une évaluation fréquente, aux enjeux lourds, et qui plus est, bien souvent intempestive. On évalue souvent l’élève au plus mauvais moment : lorsqu’il est en pleine phase de déstabilisation, avant qu’il n’ait pu se restabiliser. Un peu comme si l’on donnait un coup d’épaule au funambule au moment où le vide l’appelle. Pire encore, bien trop souvent, l’erreur est une faute, ce qui transforme la déstabilisation affective en peur, honte, désarroi, dévalorisation de soi-même. Pour éviter qu’ils tombent, pour éviter qu’ils cognent parce qu’apprendre fait trop peur, D. Favre offre de nombreuses pistes pour devenir des enseignants qui gèrent les déstabilisations cognitives et affectives, et qui associent transmission des savoirs et socialisation des élèves.

_ D. FAVRE, Transformer la violence des élèves, Dunod, 2007.