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Bruxelles, Ville ouverte nous propose une analyse du phénomène de l’immigration par une vingtaine de spécialistes issus eux-mêmes des communautés francophone, néerlandophone ou allochtones (surtout turque et marocaine) qui connaissent bien Bruxelles.

Seize chapitres croisent la question de l’immigration avec tous les aspects de ce que peut être l’intégration d’une population qui forme parfois 50 % des effectifs d’une commune.

Les auteurs distinguent nettement le vécu des eurocrates (notamment) de celui des populations socioéconomiquement défavorisées : celles-ci rencontrent d’énormes difficultés d’insertion dans la société, renforcées par la réticence des Belges à les accepter, entre autres à cause du « phénomène ou problème musulman ». Cet amalgame immigration/islam est confronté, dans l’ouvrage, au réel cosmopolitisme de Bruxelles : le multiculturalisme bruxellois est beaucoup plus « multiples » que ce que beaucoup ne croient ! Une attention particulière est aussi portée à la présence importante sur le territoire bruxellois de sans-papiers qui y vivent, travaillent, s’installent.

Le livre montre le lien existant entre la concentration résidentielle et celle dans le domaine de l’emploi, de même que la reproduction intergénérationnelle de ces deux phénomènes. Le fait de devenir Belge ne joue pas un rôle essentiel dans l’amélioration de la situation de ceux qui obtiennent la nationalité.

La question de l’intégration est abordée sous plusieurs angles : la participation à la vie politique, citoyenne d’une part (pays d’installation), identitaire d’autre part (pays d’origine) ; l’impact des langues française et néerlandaise et française sur l’intégration et la place de la langue d’origine.

Un chapitre est consacré à l’inégalité ethnique et raciale ainsi qu’au lien entre criminalité, délinquance et origine. Un auteur analyse les politiques publiques à propos de la chaine prévention-répression-sécurité, ainsi que les actions menées en matière de lutte contre les désavantages sociaux.

Enfin, un auteur propose une réflexion sur les tensions entre citoyenneté et multiculturalisme, sur les possibilités et chemins qui permettent de construire une citoyenneté multiculturelle. Il résulte de tout cela que l’avenir de Bruxelles dépendra de sa capacité à renforcer son autonomie politique en tant que « ville ouverte » et à faire de la différence culturelle une source de progrès plutôt que d’affrontement.

L’intérêt de ce livre est qu’il envisage l’interculturalité sous toutes les facettes de la vie quotidienne (logement, emploi, langue, engagement politique, citoyenneté, criminalité...) et pas seulement sur les plans culturel ou religieux.

Sous la direction de P. DELWIT, A. REA, M. SWYNGEDOUW, Bruxelles ville ouverte, L’Harmattan, 2007.