Recherche

Accueil / CDoc / Recensions / L’ambition des lycées professionnels

Nous sommes en France. Avant le 21 avril 2002. Les Cahiers pédagogiques donnent la parole au ministre délégué à l’enseignement professionnel, Jean-Luc Mélenchon. Un socialiste de gauche [1]. Un politique spécialement en charge de cette filière et qui en situe bien les enjeux : « …être vigilant sur la qualité des niveaux de sortie et donc reprendre la discussion sur la place de la professionnalisation… comprendre les métiers de notre époque qui sont des métiers de sciences pratiques… Si le service public se trouve incapable d’opérer cette transformation des savoirs et la vérification de leur acquisition, d’autres prendront la place… Si nous ne faisons pas face à la situation, il faudra recourir à l’immigration sélective avec ce double désastre : on vole la matière grise de pays qui ont sué sang et eau pour la produire et on maintient un volant de l’armée de réserve des chômeurs qui pèse sur le niveau des salaires. Il y a donc des enjeux bien plus larges que le débat sur les structures et les moyens. »

En France, la filière professionnelle débouche entre autres sur le « bac pro » qui concerne 170.000 jeunes de 21 ans en moyenne. Au terme, 70 % optent pour la vie active et cherchent du boulot ; 30 % entament des études supérieures, principalement des BTS (brevets de techniciens supérieurs très variés et très recherchés). On a le sentiment que les Français ont investi cette filière avec bien plus d’ambition et de détermination que nous.

Le Cahier pédagogique consacré aux lycées professionnels témoigne de cette ambition. On y trouve les articles « attendus » sur les difficultés de trouver et d’accompagner les stages, sur les délicats rapports à l’entreprise, sur des options « ethniques »,… Ambition ne signifie pas que les problèmes soient résolus, mais ils sont identifiés, analysés et affrontés avec volontarisme. En tout cas par les intervenants des Cahiers.

Comme toujours, dans cette excellente revue, à côté d’articles d’analyse, on peut lire des relations d’expériences et de projets dans de nombreux secteurs, du bâtiment aux travaux de bureau. La parole est donnée à des élèves, à des surveillants et à des équipes de profs. Des PPCP -projets pluridisciplinaires à caractère professionnel- font rêver et ne sont pas sans rappeler la pédagogie du projet. Ainsi, en mécanique, « on rénove depuis longtemps et on équipe un vieux camion de l’armée pour en faire un camion dentaire qui part ensuite à Madagascar. Cette action perdure, mais elle a pris sa vraie place avec les PPCP. »

De là à penser que tout baigne Outre-Quiévrain, il y a un pas à ne pas franchir. C’est encore l’ex-ministre qui pointe quelques erreurs d’approche que nous partageons avec nos voisins : « La masse des décideurs et un très grand nombre d’enseignants restent fixés sur la vision d’une filière taylorisée qui préparait à l’entrée dans la vie active sur des pistes de travail aux contenus extrêmement étroits. Tout ça a volé en éclat, les métiers « sciences pratiques » concernent 90 % de la population active. » Je relève encore à propos des élèves : « La plupart des enseignants vous le diront : ils passent les trois premiers mois à reconstruire le gout d’apprendre de jeunes qui arrivent complètement lessivés par l’idée qu’ils sont inaptes. Ce sont de grands blessés qui arrivent là : blessés par l’origine sociale et blessés par le système. »

Un cahier qui invite à sortir des incantations sur la « nécessaire revalorisation du professionnel » et à passer à des actions déterminées et ambitieuses. On en est loin !

ps:

Les lycées professionnels, Cahiers pédagogiques n°403, avril 2002. En vente à la CGE.

notes:

[1Ça ne va plus de soi, mais ça existe encore !