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École, voie de salut social ou lieu d’une reproduction sociale implacable ? Les auteurs pensent qu’aucune de ces conceptions n’est crédible : « Par quels mécanismes et dans quelles conditions les systèmes scolaires sont-ils en mesure d’affecter positivement l’intégration et la cohésion des sociétés ? »

Ils ont entrepris la comparaison des sociétés et des systèmes scolaires d’une trentaine de pays (parmi lesquels, la Belgique), méthode qui s’apparente au benchmarking (comparaison mesurant la distance avec un cas idéal, souvent, ici, les sociétés scandinaves) et s’appuie sur des indicateurs, objectifs et subjectifs, et différentes données.
Les sociétés et les systèmes scolaires sont caractérisés par un ensemble d’informations objectives pour ce qui concerne l’intégration : dynamisme du marché du travail, inégalités sociales, taux de scolarisation, inégalités scolaires... La cohésion sociale est décrite par des variables plus subjectives : capital social et confiance pour les sociétés, climat scolaire pour les écoles…
Le constat essentiel effectué par les auteurs est que, dans la plupart des pays comparés, les sociétés et les écoles ne s’inscrivent pas dans les mêmes modèles d’intégration et de cohésion sociales.
Les auteurs suggèrent dès lors de regarder ailleurs que dans les seules conditions sociales en amont de l’école. Ils ont construit une variable « emprise » qui évalue le rôle des certifications scolaires dans la position sociale des individus : « En effet, quand les élèves et leur famille savent que leur avenir social se détermine à l’école, ils doivent tout faire pour optimiser leurs chances et, ce faisant, ils accentuent la concurrence qui se joue entre eux, entre les filières et entre les établissements, puisque les diplômes valent surtout par leur rareté relative, leur capacité de distinction et la hiérarchisation des compétences réelles ou supposées des individus qu’ils sont censés garantir. (…) Si tel n’était plus le cas, les familles privilégiées chercheraient ailleurs qu’à l’école les moyens de reproduire leur position : “les relations” et les logiques de castes se substitueraient à la compétition scolaire plus ou moins ouverte. »
Les auteurs suggèrent de mettre en place des systèmes de formation professionnelle alternatifs qui permettraient de casser le monopole de la distribution des chances et des mérites de l’école et de donner plus de place à des valeurs de cohésion sociale. Compte tenu des effets de l’emprise scolaire, l’égalité des chances reste pour eux le seul modèle de justice possible.

F. DUBET, M. DURU-BELLAT, A. VÉTÉROUT, Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale, Seuil, 2010.