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« Un témoignage du quotidien de la classe comme milieu éducatif où chaque élève, quel qu’il soit, peut devenir un, autonome, rencontrer les autres, apprendre en coopérant : grandir. » Ainsi parle la quatrième de couverture de ce livre trésor.
Trésor parce que, comme souvent dans la littérature de la pédagogie institutionnelle, il s’agit d’une écriture de praticiens qui partagent ce qu’ils mettent en place, questionnent, aménagent, travaillent, inventent. Trésor parce que la parole de l’enseignante et de ces tout jeunes élèves est gardée là, consignée, prise au sérieux et même devenue outil de travail.
Tout se déroule dans une classe verticale avec des enfants de 2 à 5 ans. Avec intérêt et plaisir, on découvre la construction d’une classe institutionnelle au quotidien et ses effets chez des petits. « On assiste à la mise en place de véritables fondations. On y voit les enfants défricher, tels des explorateurs, des contrées inconnues pour eux du “vivre ensemble”. [1]
On lit des récits où il est question d’installer et d’habiter différents moments, espaces, règles, comme autant d’institutions de la classe : le Quoi de neuf, le choix de textes, les métiers, le Conseil, etc. Le tout, souvent raconté avec beaucoup de paroles des acteurs.
C’est passionnant de lire comment ces petits s’inscrivent peu à peu dans le groupe et apprennent. Passionnant aussi de voir les façons dont ils s’approprient des savoirs, en français [2], en calcul. L’enseignante décrit de façon précise ce qu’elle met en place et le lecteur a l’impression d’être dans la classe. On voit très bien comment évoluent des petits, presque des bébés, et comment les liens institués ou spontanés entre plus grands et plus petits aident chacun à grandir. Même un lecteur peu ou pas au fait de la PI pourrait y trouver pistes, plaisir, envies d’en savoir plus. L’histoire de cette classe est racontée de façon si vivante qu’elle se lit comme un roman. L’auteure ne se contente pourtant pas de raconter son quotidien. Elle ponctue aussi ses récits de réflexions sur ce qui se passe, de questions de théorisation.
La construction du livre est intéressante et permet surement au lecteur de transférer vers son propre terrain. En effet, en passant du terreau vivant à de la généralisation, par exemple à propos de la loi, du langage comme chemin de rupture dans la relation fusionnelle avec la mère ou de formes d’apprentissage, on va vers des savoirs qu’on peut soi-même mettre en œuvre et vérifier sur ses propres lieux de travail. Dans la ligne du « ne restez pas seul » évoqué par Fernand OURY avec les praticiens de PI, on peut lire les commentaires écrits par des membres de AVPI [3], c’est-à-dire ceux qui ont travaillé avec l’auteure à la genèse de ce livre.
Trois belles petites monographies éclairent encore les dires de l’auteure : Matthias, « du nourrisson à la grande section », l’ATSEM [4] où l’on voit comment l’institutrice lui fait place et tisse avec elle ces fils qui font la classe, Amélie, « des larmes d’un gros bébé aux mots d’une petite fille ». Dans les trois, on voit bien le lien entre le personnel et le collectif, en quoi chacun peut être là avec sa subjectivité et en quoi l’inscription dans les institutions, dans le tissu de tous ces autres de la classe, aide à ce que cette subjectivité soit reconnue tout en s’insérant dans le lien social
Le livre déplie vraiment bien ce que vit comme rupture, douloureuse mais porteuse, tout enfant qui devient élève et en quoi la classe institutionnelle à la fois le soutient et l’émancipe. « Ce livre est une mine de délicatesse, de création, de sérieux qui donne beaucoup de pistes concrètes pour approcher cet enthousiasme épistémophilique grâce auquel, si on leur en laisse la possibilité, les enfants peuvent aller à la conquête du langage et de leur avenir. » [5] À lire absolument !

Isabelle ROBIN et AVPI-Fernand OURY, La Pédagogie Institutionnelle en maternelles. Un peu, beau-coup, très beaucoup, Champ Social Éd., Matrice, 2012.

notes:

[1Dans le livre Essais de Pédagogie Institutionnelle, René LAFFITTE et le groupe VPI, Champ Social Éd., 2006.

[2Isabelle ROBIN est institutrice depuis 30 ans. Elle a d’abord travaillé dans l’enseignement primaire ordinaire, puis dans le spécial et enfin en maternelles. Elle encadre des stages de formation à la péda-gogie institutionnelle.

[3Association Vers la PI à propos de laquelle on peut trouver des informations sur le site www.avpi-fernand-oury.fr.

[4Agent Territorial Spécialisé des Écoles maternelles.

[5Postface de Michel LECARPENTIER, psychiatre à la Clinique de La Borde avec Jean OURY.