Recherche

Accueil / CDoc / Recensions / Entre rondes familles et école carrée… L’enfant devient élève

Malentendu, disent les uns, en un mot ou en deux. Tensions, disent les autres. Conflits, voire hostilités, recherche de rapprochement aussi… Entre les familles et l’école les relations ne sont pas simples.
Danielle MOURAUX tente de décrire et de décoder les fonctionnements de ces deux institu-tions, d’observer et de déplier les mécanismes complexes qui sont à l’œuvre dans la relation entre elles.
Elle utilise pour ce faire des métaphores géométriques simples, à première vue : le rond pour les familles, le carré pour l’école, l’hexagone pour la société dans laquelle l’une et l’autre ten-tent d’insérer ceux qui sont enfants et élèves. Elle signale aussi en quoi chacun de ces lieux est plus ou moins porteur de quelques caractéristiques de l’autre.
L’usage des formes géométriques a l’avantage d’être pratique. En effet, chacune résume assez rapidement le fonctionnement différent de ces trois milieux même si, on sait qu’elles ne pour-ront naturellement pas représenter exactement les multiples réalités existantes.
Le côté pratique de la démonstration que fait l’auteur se manifeste aussi dans la manière de nommer les facettes qui caractérisent les trois milieux. L’affectif, le personnel, le particulier, l’appréciatif pour la famille avec une explication à propos de ces notions que sont le capital des familles (économique, culturel, social) et l’habitus ou manière de jouer de ces capitaux. Le cognitif, le professionnel, l’universel, l’évaluatif pour l’école. Le productif, le global, l’hiérarchique, l’efficace pour la société.
Des mises en schémas, en colonnes, en tableaux qui ponctuent le texte, aident à se faire une idée de ce territoire éducatif où se démontre « la nécessité de la présence conjointe des deux logiques de pensée et d’action qui prévalent dans la Famille et l’École ».
Ce que Danielle MOURAUX souligne tout au long de son livre, c’est le fait, pour un enfant, de devoir faire sans cesse le grand écart entre des logiques de fonctionnement tellement diffé-rentes qu’elles entrent souvent en contradiction. Des exemples nombreux et parlants illustrent bien son propos.
Et plus les familles sont éloignées des fonctionnements de l’école, plus le grand écart de l’enfant (et souvent aussi des parents) relève de la haute voltige. Trois types de familles sont abordées, en gardant pour en donner les caractéristiques, les images de la géométrie : familles rondes, carrées ou hexagonales qui correspondent aussi à des positions sociales moins ou plus élevées dans la hiérarchie sociale. Et trois types d’écoles, qui malgré qu’elles soient toutes carrées soulignent plus de rondeur, de carré ou d’hexagonal, entre autres selon des adaptations aux familles qui les fréquentent.
Quand l’auteure a planté ce décor complexe, elle aborde la rencontre école-famille et démonte quatre solutions trouvées par l’École pour rencontrer les familles : scolariser les familles, ar-rondir les écoles, scolariser le passage enfant-élève-apprenant, socialiser et culturaliser le sco-laire… autant d’intertitres suggestifs de parties dont le contenu toujours illustré d’exemples et rassemblé dans de petits « en bref » donne à voir, à savoir, à penser.
Les deux derniers chapitres évoquent des modalités de communication, à partir de scènes ré-elles entre parents et enseignants, et la construction d’une stratégie école-famille de façon collective, organisée.
Ce livre, né de longues années de travail sur le terrain, avec des acteurs éducatifs et appuyé sur beaucoup de recherches des sociologues, ne dit ni aux enseignants, ni aux parents com-ment faire. Il donne des éléments d’analyse comme autant d’outils rendus pratiques qui per-mettent de s’approprier une lecture des fonctionnements et d’entrevoir des pistes pour de pos-sibles changements. Il sera bien utile aux équipes éducatives et aux groupements de parents.

Danielle MOURAUX, Entre rondes familles et école carrée… L’enfant devient élève, Outils pour En-seigner, De Boeck, Bruxelles, 2012.