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Curieux qu’on parle si peu de Janusz KORCZAK dans les écoles et en cours de formation des éducateurs ? Enfin, pas si étonnant que ça quand on lit ses livres qui interrogent pas mal de « coutumes éducatives ».
Le grand mérite du superbe album de PEF et de Philippe MEIRIEU [1] est de faire (re)découvrir ce personnage hors du commun à travers des illustrations très parlantes, susceptibles de faire s’exprimer les moins loquaces, et des textes courts et incisifs. Il s’adresse aux petits et aux grands !
On va suivre l’itinéraire du « bon docteur » de 1878 à 1942. Jusqu’au jour où il est embarqué pour le camp de Treblinka, avec les enfants juifs de la Maison des orphelins et beaucoup d’autres.
Raconteur d’histoires, clown, pédagogue d’avant-garde et précurseur de la Déclaration des droits de l’enfant. À partir de contes fantastiques, il explique la grammaire, enseigne l’Histoire, introduit la technologie et même les mathématiques.
Dans son « orphelinat », il a affaire à des enfants turbulents, parfois violents, qui cassent, vo-lent, refusent tout travail… Il met au point les procédures d’un « Tribunal des pairs » où on est jugé par ses semblables, avec l’aide d’un adulte qui expose les faits et veille au bon dérou-lement de la séance.
Assailli de demandes en tous genres, il ne répond pas tout de suite ; il demande aux enfants de lui écrire ou de faire écrire un grand : « On apprend à attendre une réponse au lieu de l’exiger sur-le-champ. À expliquer ce qu’on veut vraiment et à se demander si c’est juste. Ainsi ap-prend-on à penser. »
Il réhabilite, aux yeux de tous, les travaux manuels et petits services quotidiens, en y partici-pant lui-même. Nul ne s’étonnera qu’il développe le gout pour l’écrit par l’édition d’un heb-domadaire « par et pour » les enfants qui comptera près de 2 000 enfants correspondants et dont le tirage atteindra les 150 000 exemplaires !
Complément presque indispensable à cet album : le « Journal de Blumka » [2]. Cette petite juive polonaise raconte avec ses mots simples la vie ordinaire dans la « Maison des orphelins », à Varsovie. Il y a Pola qui a voulu faire pousser un petit pois dans son oreille ; Zygmus qui a sauvé la vie à un poisson argenté ; Chaimek qu’une affaire de fourmis a conduit devant le tribunal… « Chez nous, si une personne vole, frappe ou agresse quelqu’un, elle est jugée par un tribunal composé d’enfants. Ainsi nous apprenons tous ce qu’est la justice. »
Ici aussi, les textes sont très courts et les illustrations donnent à penser, à rêver, à échanger… et à changer.

Philippe MEIRIEU et PEF, KORCKAK, pour que vivent les enfants, Rue du Monde, 2012.

notes:

[1Philippe MEIRIEU et PEF, KORCKAK, pour que vivent les enfants, Rue du Monde, 2012.

[2Iwona CHMIELEWSKA, Le journal de Blumka, Rue du monde, 2012.