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Sous ce titre particulièrement suggestif, voici bien un ouvrage typique des éditions L’Harmattan. Le grand mérite de cette maison d’édition est de publier des textes qui, autrement, resteraient dans les tiroirs de leurs auteurs sous forme de mémoires dactylographiés, ou dans ceux de l’administration qui les ont commandités comme rapport de recherche. Cela permet ainsi de sauver de l’oubli l’une ou l’autre étude qui, sans jamais pouvoir devenir un succès de librairie, en vaut la peine. Mais cette politique éditoriale a son revers, qui est de fournir sous forme d’ouvrages au titre parfois séducteur des travaux dont le sérieux est douteux. Ou tout simplement sans intérêt. Tel est le cas du dernier livre, coécrit par Paul Chautard et Michel Huber. Celui-ci nous avait, pourtant, habitué à mieux, et à bien mieux. Sous le titre particulièrement attrayant Les savoirs cachés des enseignants, les auteurs évoquent tout au plus quelques idées que n’importe quel enseignant - et a fortiori celui qui serait désireux d’acquérir le livre - sait déjà.

Passons sur l’immensité océanique des erreurs d’édition et de typographie (le renvoi à des notes infrapaginales systématiquement inexistantes n’en est pas la moindre), voire de syntaxe et d’orthographe, pour tenter d’en cerner le contenu.

Le « savoir caché » dont parlent les auteurs consiste en fait en la capacité à gérer l’imprévu. Cette gestion, trop peu reconnue, doit faire l’objet d’une attention particulière, tant dans la formation initiale que dans la formation continuée des enseignants. C’est là un enjeu permettant de développer la professionnalisation : passer de la représentation de l’imprévu comme problème qui surgit en classe à celle d’un antidote à la routine permettant la production de nouveaux savoirs et compétences. Cela est pertinemment vrai. Malheureusement, pour préciser cette « définition de l’imprévu », les auteurs qui prétendent avoir « procédé à une analyse plus fine » dans laquelle ils ont identifié « trois attitudes successives de l’enseignant » confronté à l’imprévu, notent seulement : « une réaction de surprise plus ou moins marquée, suivie (sic) d’un diagnostic et d’un point de traitement plus ou moins abouti » (p.65). Qui, sans pour cela avoir besoin d’affiner son analyse, ne le savait déjà ? !

On lira par contre avec consternation, en conclusion du livre, cette phrase que nous ne résistons pas à reproduire in extenso et dont le vernis scientifique présente bien des lézardes : « Cette recherche nous amène à penser que le repérage des imprévus, même si leur intensité peut être variable, et leur gestion par un exercice judicieux du jugement pédagogique dans l’acte en lien avec le jugement sur l’acte et le jugement expérentiel (sic), peut s’avérer être un système de régulation des apprentissages plus performant que le système empirique à partir d’indices plus ou moins fiables. » (p.164)

La prétention scientifique à rendre compte d’une enquête limitée reste ici regrettablement verbeuse.

ps:

Michel Huber et Paul Chautard, Les savoirs cachés des enseignants, L’Harmattan, 2001.