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Dans le cadre de son projet « What do you think ? », Unicef Belgique a réalisé une étude par- ticipative sur le vécu à l’école des enfants et des jeunes touchés par la pauvreté. Un enfant sur cinq en Belgique, et plus à Bruxelles... Des chiffres à connaitre, une vidéo à voir [1].
En partenariat avec le monde associatif, l’Unicef est allé cueillir des témoignages d’élèves. Comme traces de ce travail, il y a des vidéos et un rapport. Ces récits nous per- mettent de sortir de nos représenta- tions et de voir l’impact de la pau- vreté et de l’exclusion sociale sur les jeunes. Être pauvre ce n’est pas seu- lement n’avoir pas assez d’argent.
Ils nous redisent combien l’école est importante pour eux, mais aussi à quel point leurs parcours sco- laires ressemblent à des parcours d’obstacle : moqueries, injustices, jugements, échecs, redoublement, orientations dans le qualifiant et le spécialisé, décrochage.

La Belgique est vraiment ex- perte, en matière d’enseignement, dans le renforcement des inégalités.
L’aspect participatif, l’Unicef y tient, car il permet de donner aux enfants du temps et du recul pour réfléchir et puis pour agir. Ce qu’ils n’ont pas beaucoup l’occasion de faire à l’école pourrait-on lire entre les lignes...
« À l’école, c’est là qu’on attrape l’envie de faire quelque chose. Cette envie est donnée par le professeur. »
À travers les différents témoi- gnages des jeunes, c’est marquant la place centrale qu’ils donnent aux professeurs. Son regard, ses paroles, sa motivation et son empathie sont vraiment cruciaux.
« Accorder sa confiance aux élèves et croire en eux, cela ne coute quand même rien ?  » Cette question fait mal au ventre, car ce n’en est pas une.
Les jeunes dénoncent des dys- fonctionnements récurrents :
Le pouvoir concentré dans les mains des adultes « Je veux avoir plus à dire parce que les enseignants jouent trop à être le chef. »
Des orientations poussées, parfois à l’insu des parents « Avec mes parents, nous ne savions même pas que j’étais dans l’enseignement spé- cialisé. »
«  J’ai vraiment le sentiment que je ne pourrais jamais faire le travail que je veux parce que je suis dans le spécialisé. On te cantonne dans la bêtise. »
L’absentéisme et la pénurie de professeurs «  Notre professeur a été absent pendant 4 à 5 mois. On a travaillé dans les fardes d’absences ce qu’on savait, ce qu’on ne savait pas on ne le faisait pas... »
Des non-interventions en cas de harcèle- ment « Mon directeur n’a rien fait contre le harcè- lement. Un jour, j’étais en troisième ou quatrième secondaire, et je pensais que le directeur était venu en classe pour intervenir. Mais à la place de cela, il a dit devant toute la classe “Est-ce que tu ne ferais pas mieux d’aller dans l’enseignement spécialisé ?” Plusieurs élèves ont commencé à rire. La prof elle n’a rien dit parce que le directeur était là. On perd toute confiance en soi. Un an et demi après, j’ai arrêté l’école. J’en avais marre d’être harcelée. »
Racisme « Les jeunes d’origine étrangère sont sous-estimés à l’école. »
Les devoirs, source d’inégalités «  Les enfants dont les deux parents travaillent reçoivent tout ce qu’ils veulent. Si ces enfants ont des problèmes à l’école, que font les parents s’ils ne peuvent pas aider eux-mêmes ? Ils paient des cours particu- liers. Cela ne marche pas comme ça chez nous. Quand nous avons des problèmes à l’école, nous devons nous débrouiller par nous-mêmes. (...) Nous avons moins de chances qu’eux. »
Une méconnaissance des milieux populaires « Je n’aime pas les commentaires de certains profs.  » « Les enseignants nous écoutent, mais ils ne font pas grand-chose pour nous aider. Cela s’explique par le fait qu’ils ne connaissent pas et ne comprennent pas les problèmes et la situation familiale. »
Ils dénoncent aussi :
Un manque de surveillance dans les cours de récréation
Les punitions collectives
Une gestion du temps scolaire stressante L’argent tout le temps réclamé _ L’infrastructure désastreuse, voire dange-
reuse...
« Ce n’est vraiment plus amusant d’être
jeune.
 » Et pourtant comme le dit un grand frère : « Je pense que tous les jeunes, quand ils naissent, quand ils sont encore enfants rêvent d’être intelligents, d’être quelqu’un dans la société et de faire partie de la société, d’être acteurs de la société. Alors, trouvons des solutions.  »
Un rapport à lire, des vidéos à regarder et surtout des changements à provoquer dans le système, mais ça commence dans les classes...