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Chapeau ! Parce que petit à petit, dans ce livre, l’auteure nous a donné la possibilité de pénétrer, non par effraction, mais guidés pas à pas dans la vie de gens simples et courageux. Bel hommage, récit de vies, comme on aimerait en lire encore, pour « palper de fa- çon vivante un peu du style de vie d’alors...  »
Merci. Parce que cet hommage couvre non seulement des parents, une famille, le travail de petits com- merçants, mais il s’étend à tout un quartier et, par delà le temps et les époques, il prend en compte nos petites vies à nous, celles de nos proches. Nous avons « reconnu » certaines anecdotes comme faisant partie de notre propre saga et souvent les larmes nous en montaient aux yeux.
Dans ce triangle constitué par la famille, les clients presque amis, le magasin, c’est ce dernier qui pèse le plus lourd. Du moins, c’est l’entité autour de laquelle tout s’organise, que l’on soit bien portant ou malade et par tous les temps, pendant de longues années.
Le titre du livre le dit bien : « Avec le magasin ! » On comprend à petites touches combien la vie du Père et de la Mère a dû être ingrate et difficile, mais vécue sans rechigner, sans baisser les bras. On mesure comment, de déménagement en déménagement, chacun a trouvé sa place dans l’espace laissé par Le Magasin. Il règne en despote, exigeant de ses servants une présence constante et attentive. À la fois matrice, lieu identitaire, effet et cause. Jamais vide, au contraire, il se décline en listes à la Perec.
Le lecteur s’y promène avec les yeux émerveillés de l’enfant qu’il fut, devant la profusion de papiers, plumes, encres, objets religieux, livres et bimbeloterie, et des bonbons partout. Et par-dessus tout ça, le sourire bienveillant de la maman et la bonhommie patiente du papa. Certes bien loin des « grands magasins » qui entament à cette époque-là les chants de la concurrence.
Au fil des témoignages se dessine finalement ce qui semble nourrir l’écriture même de ce livre : vouloir rendre compte, entre attachement affectif et mise à dis- tance par l’écriture, à la manière d’un ethnologue, de la vie d’une famille au sein d’un milieu social à l’avenir incertain. Chercher à nommer ce qui, dans la psyché d’un petit enfant et au sein de sa fratrie, fait lien entre l’intime, le familial, le collectif d’un quartier de Bruxelles. Tout ceci dans une forme qui s’apparente au « roman d’apprentissage » que la littérature réserve trop souvent aux nantis.
Devient alors lisible entre les lignes ce qui fonde l’engagement de Noëlle De Smet, une enseignante, puis une militante de l’émancipation, travaillant obstinément avec les exclus, toutes générations et origines confondues.

Noëlle De Smet, Avec le magasin ! Racomptoires de petits commerçants de Jette, Carhop, 2012.