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Le n° 48 des Cahiers de la Fonderie1 est consacré aux écoles bruxelloises. Cette publication qui évoque le passé peut éclairer les choix auxquels Bruxelles doit faire face en matière d’enseignement. La question des moyens financiers se pose, celle des choix idéologiques aussi.
L’objectif des libéraux (de l’époque !) était la création d’un enseignement obliga-toire laïque et gratuit transformant la notion initiale de liberté d’instruction en celle de droit à l’instruction. Il s’agissait de soutenir le mouvement d’émancipation populaire par le Savoir. Sous le titre « Bruxelles face aux défis scolaires », l’éditorialiste de ce cahier glisse le sous-titre provocateur « DE HORTA aux classes en conteneurs » et termine par « La construction scolaire du 21e siècle à Bruxelles, mérite-t-elle, ou non, dans le chef des décideurs plus ou moins d’attention que ce qu’ont montré à cet égard les édiles du 19e siècle, con-frontés eux aussi à l’éternel problème des “couts” ? »
Ce cahier rassemble des études de cas radicalement différentes qui illustrent l’ample diversité du paysage scolaire bruxellois au 19e siècle. Il invite à se laisser guider par la curiosité et l’intérêt pour des sujets tels que :

  • - les maisons d’école, écoles primaires dont la construction témoigne de l’enjeu représenté par l’école à cette époque : « Nous devons avoir la fierté d’affirmer par les monuments scolaires que nous voulons élever nos enfants à la science et à l’art, et que nous attachons plus de prix à l’œuvre de l’éducation populaire qu’à toute autre, parce que nous estimons qu’elle est le fondement même de la liber-té, de la véritable démocratie. » Alexis SLUYS,
  • - le collège Saint-Michel et son déménagement de la rue des Ursulines vers le boulevard Saint-Michel à Etterbeek, à l’est de Bruxelles, dans le sillage de la migra-tion des hommes politiques, des hauts fonctionnaires et des chefs d’entreprise de premier plan,
  • - l’école de Menuiserie de la Ville de Bruxelles où la menuiserie est toujours ensei-gnée, fruit d’une initiative privée qui entrainera le relai par les pouvoirs publics.
  • - La formation au Palais du Midi, dont la vocation de grand centre commercial avant l’heure se muera en accueil de l’École industrielle de Bruxelles formant une classe ouvrière d’élite, interface entre les ingénieurs et les ouvriers, de nom-breuses écoles professionnelles et de l’Institut national des industries de fermen-tation.
  • - Les écoles maternelles du Logis, écoles gardiennes laïques et gratuites, cons-truites à l’initiative de la Société coopérative de locataires à l’image d’une maison du Logis, où la pédagogie s’inspirera des théories de FROËBEL.
  • - l’enseignement juif à Bruxelles avec l’inauguration d’une première école juive primaire à temps plein en 1823 (pour beaucoup de Juifs, l’enseignement de la Torah est constitutif de l’identité juive et à cette époque, dans le réseau officiel, seul le culte choisi par la majorité des élèves est autorisé dans l’enceinte des écoles publiques).

Ce cahier consacré aux écoles bruxelloises, c’est la porte d’un grenier qui s’ouvre sur des trésors : plans des écoles, dessins du mobilier scolaire, vieilles photos du musée scolaire dans l’école modèle, du préau, ce lieu central de vie… Nostalgie des lieux mais aussi conviction que les enjeux n’ont toujours pas changé : « “Quelque chimérique qu’il paraisse d’espérer que les hommes soient un jour égaux sous tous les rapports, il est certain que l’instruction est la seule voie qui permette d’approcher cet idéal”, disait Charles BULS en 1865 ». Aujourd’hui, comme hier. Et, comme l’éditorialiste, on peut dès lors s’interroger sur le finan-cement d’un élève de l’École européenne à concurrence de 35 000 € par l’État belge alors « que les subsides actuellement alloués en région bruxelloise à la né-cessaire création d’écoles n’en prévoient pas la moitié pour les enfants bruxel-lois ! »