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Accueil / CDoc / Recensions / Un manuel pour apprendre à penser

Qu’est-ce qu’apprendre de manière active ? Comment
mettre les élèves en position de recherche de manière
rigoureuse ? Ce manuel apporte des réponses qui devraient
intéresser bien plus d’enseignants que les seuls
collègues de sciences sociales, auxquels il s’adresse par
son contenu.
D’abord, par les enjeux qu’il mobilise : centrés sur
des thèmes interpelants pour de jeunes adolescents, à
la fois simples et ouvrant sur le complexe (Trop fortes,
les filles ?, J’ai le droit ! Trop injuste ! — sur la justice et
les prisons —, Tous profiteurs ? — sur la pauvreté, etc.).
Ensuite, par sa structure. Trop souvent, les manuels
en sciences humaines s’avèrent être soit une accumulation
de références qu’il s’agit de paraphraser et additionner
selon un scénario cousu de fil blanc, soit une
compilation de textes de tous ordres, où se retrouvent,
pêlemêle, des documents de statuts très divers, insuffisamment
contextualisés, et exigeant chacun un mode
de lecture spécifique que seuls quelques élèves habiles
décodeurs peuvent anticiper, car il y a tableau statistique
et tableau statistique, et qu’on ne lit pas un témoignage
comme un texte d’expert, les textes d’experts
peuvent même se contredire.
Rien de tout cela, ici : la lecture et l’analyse se retrouvent
facilitées par le découpage de chaque chapitre,
qui balise les pôles d’une réflexion en faits, témoignages,
actions (menées dans la société sur le thème traité) et
expertises, toutes approches indispensables pour aborder
le caractère complexe et contradictoire du réel.
Par cet ensemble ainsi structuré, ce manuel permet
à chaque classe de se construire son parcours dans une
thématique, par le biais des documents variés, offrant
des portes d’entrées multiples pour aborder le réel. Et
comme il n’y a pas d’élaboration de pensée sans cadres,
nous trouvons à la fin de l’ouvrage 70 pages de fiches outils
transversales, abordant méthodes et techniques (À
qui ou quoi se fier ?, Comment problématiser, apprendre
à conceptualiser ?, Aller sur le « terrain », etc.), concepts
(société, catégories sociales, etc.), tensions (liberté vs
égalité ; communauté vs société, etc.) et institutions (la
société belge, la justice, les droits de l’homme, etc.)
Les textes sont suffisamment longs, réécrits quand
cela s’avère nécessaire pour rendre la lecture plus aisée,
là où trop souvent dans de nombreux manuels de courts
extraits soit ne permettent pas de saisir ce qui est réellement
en jeu, soit prémâchent tellement la besogne que
l’élève n’a plus qu’à paraphraser ce qu’on lui a mis sous
le nez.
Enfin, chaque thème s’ouvre par des pistes très
concrètes proposées à la classe pour mener une recherche,
rencontrer des témoins ou mettre au travail
ses représentations sur le sujet traité. Car apprendre (et
pas seulement en sciences sociales !) ne peut se limiter
à rester le nez collé sur un livre !
En donnant à pratiquer et à vivre « de l’intérieur »
les sciences sociales, ce manuel donne envie de comprendre
le monde, et offre tous les outils pour y parvenir,
avec créativité et rigueur.

J. Cornet, A. Martin, S. Navarre, Ph. Soutmans,
« Pratiques des Sciences sociales », D. Hatier, Tome 1,
2014.