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C’est en réponse à la déclaration faite par le philosophe
Alain Finkielkraut en 2014, « Il y a un
problème de l’islam en France. », qu’Edwy Plenel,
cofondateur du site d’information Mediapart, écrit
« Pour les musulmans » rappelant ainsi la formule
utilisée par Émile Zola, en 1896, « Pour les juifs ».
Véritable cri d’alarme à l’encontre de ceux qui
stigmatisent la communauté musulmane et appel
à toute la société pour un vivre ensemble solidaire,
l’ouvrage d’Edwy Plenel est plus que jamais de circonstance.
« Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion
en commettant des crimes, je défends nos compatriotes
qui n’y sont pour rien et qui sont en même
temps stigmatisés ou oubliés. »
Il poursuit : « Nous voici au coeur d’un défi français depuis trop
longtemps en souffrance : apprendre enfin à penser
à la fois l’universel et le singulier, la solidarité et la
diversité, l’unité et la pluralité. » Et encore : « Ce que
nous croyons séparément importe moins que ce que
nous faisons ensemble, nos actions, nos revendications,
nos luttes, nos solidarités. »
Au premier abord, le style de l’auteur m’a paru
pesant, il énumère beaucoup de faits datés, mais au
fil des pages, il aborde le rapport de la République à
la religion et fustige les détournements de la laïcité.
Il décortique et explique la dérive d’une laïcité originelle
vers un laïcisme sectaire, celui-ci étant à la
laïcité ce que l’intégrisme est aux religions.
La laïcité est aujourd’hui comprise comme le
refus et le dénigrement des religions alors qu’à
l’origine, la laïcité a été instaurée afin d’assurer une
séparation entre l’Église et l’État et permettre la
coexistence du protestantisme et du catholicisme.
Ce que l’auteur met en lien avec la situation actuelle
de la France et son traitement envers les musulmans,
il dit d’ailleurs : « Notre pays doit donner droit
de cité aux musulmans dans la diversité de ce que le
mot recouvre. Le peuple français n’est pas plus raciste
qu’un autre. Aujourd’hui, nous sommes en train de
mettre une partie de notre peuple en guerre contre
l’autre et cela sert le jeu des puissants. »
Cet ouvrage met des mots sur ce qui est en suspens,
depuis des années, dans notre société, ce qui
est tu, jamais pris en considération et donc jamais
pris en charge.
Et il nous propose une voie de cohabitation : « Ce
que nous croyons séparément importe moins que ce
que nous faisons ensemble, nos actions, nos revendications,
nos luttes, nos solidarités. »
Il dédicace ce livre « À tous ceux qui n’ont pas les
mêmes croyances que la majorité, à ceux qui revendiquent
leur différence, à ceux qui ne se contentent
pas de penser différemment, mais qui s’assument
comme différents. Les protestants et les juifs d’hier,
les musulmans aujourd’hui. »
« Pour les musulmans donc, comme l’on écrirait pour les juifs, pour les
Noirs et pour les Roms, ou, tout simplement, pour la
France. »
Ne pourrait-on pas dire aussi « Pour la Belgique » ?

- E. Plenel, « Pour les musulmans », La Découverte, 2014.