J’ai vécu des traversées de raideurs institutionnelles, des attachements aux habitudes ou aux conforts intangibles, des peurs de bousculements, y compris devant de simples déplacements de chaises. Mais au vu de scénarios qui se répètent, je préfère m’arrêter aujourd’hui aux conditions qui semblent nécessaires aux changements

À chaque réforme cela s’est dit : les conditions de réalisation sont insuffisantes, les acteurs n’ont pas été suffisamment pris en compte, etc… Peut-être dit de façon souvent trop générale.
Du coup l’envie de regarder de plus près ce qu’il en serait apparemment pour la mise en œuvre de ce « Lab ».

Du changement ? Mais par qui ?

À quelles conditions ce projet aurait-il pu devenir plus fortement l’affaire des enseignants inscrits comme intéressés ? Sans doute ne suffit-il pas de faire disposer chacun individuellement de quelque pourcentage d’horaire pour le faire leur.
Vu, entre autres, le poids idéologique que ce projet comporte (« le privé qui s’immisce, la mentalité capitaliste »), un vrai collectif préexistant, un peu fort, aurait été nécessaire. Il aurait pu expliciter son unité idéologique à lui, contrer ce qui était craint au départ et détourner les possibles intérêts privés vers d’autres plus propres à la formation des futurs enseignants et aux propositions d’utilisation du « Lab » par leurs formateurs.
Tentant de décliner cette orientation-là, je pourrais mettre en avant des modalités qui n’effleurent pas les « proposeurs » de projets, ni les décideurs ni autres « subsidieurs ».

Du changement ? Mais comment ?

Il pourrait peut-être se réaliser si se traitent et des questions de fond et des questions d’organisation.
Au départ, constituer une réelle équipe, reconnue comme telle et prévoir suffisamment d’heures pour qu’un garant officiel puisse soutenir la construction du projet dans la durée. Une participation de cette équipe aux décisions concernant les heures attribuables, en lien avec les nécessités entrevues, serait intéressante.
Au préalable, pouvoir analyser, au sein de cette équipe, les enjeux d’un tel projet, ses liens avec une culture du privé afin d’avoir une certaine maitrise de ses facettes. Puis, esquisser des pistes quant à la façon de s’emparer du projet, de le réorienter en fonction des besoins locaux.
Pouvoir, dans cette équipe, mettre en avant les valeurs qu’elle souhaite mettre en avant plutôt que de devoir adhérer à des formations inégales et à des coachs éloignés des valeurs et intérêts des futurs utilisateurs du « Lab ».
Pouvoir faire des demandes de formations jugées nécessaires par les acteurs plutôt que de se les voir imposées de l’extérieur. Instituer un responsable de la communication entre les différentes instances liées de près ou de loin au projet, depuis le ministère subventionnant jusqu’aux étudiants, en passant par des responsables de projets régionaux. Avoir une sécurité quant aux conditions matérielles qui entourent le projet : d’une part quant à l’arrivée en temps voulu des sommes d’argent allouées, d’autre part quant à l’attribution d’un local fiable pour les aménagements du « Lab » et non pas un local dont l’occupation ne sera plus possible dans l’année qui suit son installation.

Du changement et des résistances

Quelques exemples donc de conditions nécessaires au changement possible de l’école. Elles vont du macro au micro, elles passent de l’idéologique au pragmatique, elles veulent prendre en compte les porteurs de projet avant les facettes politico-économiques. Il me semble que tenir compte de ces sujets-enseignants et de leurs conditions de travail, c’est favoriser le changement. Ce qui n’empêchera pas de continuer à se nourrir d’une résistance aux dominations économiques et à leurs effets souvent durs à vivre. 