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Trois formes de contradiction qui nous permettent de mieux cerner la complexité d’une situation et d’aider à poser le problème, de comprendre pourquoi c’est ainsi ! On ne se lance pas dans l’action sans avoir identifié le problème et cerner les acteurs.

Il est communément admis par de nombreuses équipes enseignantes du fondamental que les temps de concertation sont trop courts. Pourtant, certains demandent à terminer à 13 h 15 alors que dans les faits la réunion n’a pas pu démarrer à 11 h 35 puisque les cours se terminent à cette heure-là. Pour ranger la classe et rejoindre le local de réunion, il faut compter une dizaine de minutes, la concertation ne peut donc débuter qu’à 11 h 45. Demander de terminer la concertation à 13 h 15 est donc un paradoxe ! C’est-à-dire une apparente contradiction avec le fait de manquer de temps pour se concerter, puisque le temps de concertation ne serait en réalité que de 90 minutes.
N’oublions pas que comme le dit si bien Yves Barel [1], « Là où fonctionne le paradoxe, il y a un système vivant. », ici une équipe enseignante !
Soit le temps de concertation se termine à 13 h 15, soit il se termine à 13 h 25. Deux propositions qui s’opposent ! Opter pour une c’est faire obstacle à l’autre, c’est s’opposer à l’autre.
Je désire terminer à 13 h 15, car je me dois de conduire mes enfants à leurs activités.
Je souhaite avoir des concertations d’une durée de 100 minutes afin de faire un travail d’équipe en profondeur avec mes collègues.
Ici, on trouve une tension entre la loyauté à sa famille, à son devoir de maman et la loyauté à ses collègues, à son travail, à son devoir d’enseignante. Deux loyautés légitimes qui sont désirables et que nous pouvons toutes deux valoriser, reconnaitre.
C’est quoi alors le problème ?
Une double injonction venant d’instances différentes et qui sont paradoxales.
D’une part l’injonction, par un décret, d’organiser au sein des écoles fondamentales, dans la durée du temps de travail, un temps de concertation de 100 minutes une fois par mois.
D’autre part l’injonction de la COPALOC (COmmission PAritaire LOCale) de commencer les concertations à 11 h 35 et de terminer à 13 h 15 alors que les cours avec les enfants se terminent à 11 h 35. De toute évidence, nous avons des enseignants pris dans une injonction paradoxale qui les place dans un conflit de loyauté.
Comment sortir de ce paradoxe ? Comment dépasser l’opposition (13 h 15 ou 13 h 25) ? Quel champ d’action ? Tout d’abord, peut-être identifier un lieu déjà « institutionnalisé » qui pourrait se saisir du problème ? Ici, j’en vois deux, la copaloc, car c’est l’organe de concertation officielle qui est habilité à définir les horaires de temps de travail ou/et l’équipe éducative qui connait mieux sa réalité de terrain, les contraintes personnelles des membres de son équipe et pourra donc en autonomie, en concertation trouver les modalités qui permettront de prendre en compte la tension entre les deux légitimités. Il est temps de leur laisser définir ce qui est souhaitable, possible pour eux et ainsi se réapproprier la situation initiale.

notes:

[1Y. Barel, « Le paradoxe et le système — Essai sur le fantastique social », PUG, 1979.