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Accueil / CDoc / Recensions / Brian, Rachid, Mathilde et les autres Toujours tenir compte du singulier 

Comment recenser ce livre sans trop pâlir ou poncer un tel morceau de diamant ? Y aller, un peu comme les auteurs, par arrêts sur… et par petites touches.
Arrêt sur les auteurs : un enseignant dans l’Éducation nationale, une artiste plasticienne et une éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse. Les deux premiers proposent aux jeunes des activités en arts plastiques et histoires (fondatrices d’humanité), les trois sont aussi présents dans ce qu’ils évoquent comme moments « entre » (repas, pauses, récrés, jardin).
Arrêt sur le lieu d’où ils parlent : un atelier relais. Classe externée dans un quartier résidentiel de Mantes-la-Jolie (…), s’adresse aux jeunes de 13 à 16 ans (…) La majorité de ces jeunes est sous mandats judiciaires pour enfance en danger ou enfance délinquante
Arrêt sur la démarche : écrire. L’idée fut proposée par un des auteurs : Et si on créait un atelier d’écriture où l’on raconterait nos histoires ? (…) La règle ? Chacun écrit, chez lui, un texte en lien avec sa pratique et lors de la séance suivante, nous les lisons et nous échangeons. C’est simple, modeste — devenu essentiel pour nous. Le livre est le fruit de leur collaboration entre 2009 et 2012.
Il s’agit de récits à propos de trois jeunes. Des récits écrits au plus près des réalités, avec comme enjeu de cet atelier d’écriture de pouvoir transformer du vécu de terrain en expérience qui nous construit.
Chaque récit est introduit par quelques phrases d’auteurs ou d’acteurs de ce lieu, posant d’emblée les tonalités. À chaque récit succède un « intermède », lui aussi porteur de courtes pensées entourantes. Et suit, la discussion entre les trois intervenants à propos des chemins pris pour chaque histoire afin de pouvoir partir de la réalité de tous les jours comme elle est, comme nous la vivons, et essayer d’en faire quelque chose ; ne pas perdre espoir d’en faire quelque chose. Tout peut être prétexte à aller un peu plus loin, à interroger. C’est dans la « pluralité articulée » de leurs reprises que vont se jouer des essentiels : telles et telles façons de faire, de dire, d’accompagner le réel.
Il nous est donné à lire des traces d’une éducation qui se développe dans le temps. Les adultes responsables n’exigent pas de suivre toutes sortes de règles dès le premier jour. Ils ne font pas pareil pour tous parce que ce serait faire passer le règlement avant la personne. Tel jeune peut arriver en retard, s’absenter, tel autre, trouver un lieu pour fumer… Non pas dans un laxisme facile mais au cas par cas, en voyant le maximum réalisable par chacun, occupé à faire son apprentissage de vie. Les responsables cherchent à travers tout à créer jusque dans le détail, une ambiance de respect et non de blocage, une ambiance qui rende ces jeunes forts, par la confiance reconstruite, y compris lors de traversées violentes. Et cela, tant par les activités d’apprentissages quelque peu présentées que par les modalités relationnelles.
Le lecteur participe à un voyage en pédagogie, fort et sensible, construit avec ces jeunes, au fil des jours. 

Jubin (P.), Lamarre Milbergue (V.), Lelouey (N.), « Brian, Rachid, Mathilde et les autres », Voyages en Pédagogie, Paris, Éditions d’Une, 2017.