Accueil / CDoc / Recensions / L’autorité enseignante, approche clinique[[Bruno Robbes, « L’autorité enseignante, approche ]]

Dans ce second livre [1], Bruno Robbes [2] continue de s’appuyer sur l’analyse des 16 interviews, réalisées en

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003-2004, auprès d’enseignants exerçant tous en Zones d’Éducation Prioritaire d’un même département d’Ile-de-France et âgés de 20 à 60 ans.
L’auteur s’est intéressé à l’expérience personnelle de chacun : son autorité aux prises avec un contexte scolaire et sociétal en mutation, son rapport au métier, aux savoirs, aux enfants ou aux jeunes, à la violence et, à son vécu de l’autorité comme enfant et élève.
Ces récits réunissent des dimensions pédagogiques, des activités effectives de pratique d’autorité et un travail sur sa propre subjectivité. En tout cas, il en ressort que prôner une autorité naturelle qui serait liée à une vocation, n’a que peu de sens et qu’il s’agit plutôt de toute une construction dans la durée, influencée par l’histoire et l’inconscient de chacun.
C’est ce domaine de la subjectivité que le livre explore : comment, pourquoi chacun se situe de telle ou de telle façon par rapport à sa conception et à sa pratique d’autorité. L’analyse se fait en restant au plus près des mots utilisés par les interviewés, sans aucun jugement, et c’est bien là le propre d’une approche clinique. L’auteur indique son souci d’envisager, sur base de cette approche fouillée, une formation professionnelle initiale et continuée dont le but serait d’accompagner des enseignants dans leurs pratiques d’autorité. Il prône l’importance d’arrêts sur le désir d’être enseignant et pour ce faire, de renouer avec des figures bénéfiques ou négatives de son histoire.
L’intérêt de l’ouvrage est aussi son actualité, la plupart des recherches faites au sujet de l’autorité étant concentrées dans les années 1970.
L’écriture de ce livre est plutôt une écriture d’universitaire, dans un but de recherche, avec beaucoup de références et d’explications méthodologiques, avec un découpage des extraits d’interviews, selon l’avancée de la construction de pensée qu’ils permettent. Ces modalités d’écriture rendent la lecture par moments ardue. Elle n’en est pas moins intéressante, mais il faut s’accrocher et les synthèses en fin de chaque chapitre aident à s’y retrouver ! Mireille Cifali, auteure de la préface soutient que « l’ouvrage de Bruno Robbes peut faire accompagnement pour un lecteur, si rien n’est prévu pour cela dans l’institution. Il peut lui permettre de sortir de sa solitude, de rencontrer d’autres avec leurs difficultés, leurs explications, leurs traversées, cela grâce à la mise en écriture réalisée par l’auteur ». En effet, plonger dans les interviews finement découpées et analysées permet de s’approcher de toute la pensée qui les traverse et de s’interroger sur ses propres subjectivités.
Cet extrait de la conclusion nous en dit long sur la complexité de cette autorité liée au métier d’enseignant : « Se construire une posture d’autorité, en substance, ce serait élaborer son rapport à son propre cadre éducatif en lien avec son histoire, le rapport à soi, aux autres et au savoir, afin de mettre au travail sa posture de façon adéquate pour qu’elle puisse contenir les résistances, les oppositions et les attaques des élèves, sans contrattaquer ou se venger, mais en les métabolisant. »
- Bruno Robbes, « L’autorité enseignante, approche clinique », Champ Social Éditions, Nimes, 2016.

notes:

[1Bruno Robbes, « L’autorité éducative dans la classe — 12 situations pour apprendre à l’exercer », Paris ESF, 2010.

[23Bruno Robbes est maitre de conférences en Sciences de l’Éducation à l’université de Cergy-Pontoise et membre du laboratoire EMA (École, Mutations, Apprentissages). D’abord instituteur, maitre-formateur puis directeur d’école dans une banlieue populaire de la région parisienne, il a pratiqué la pédagogie institutionnelle.