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Avec pudeur et poésie, Jeanne Benameur nous initie à un drame, une rencontre fatale pour chaque protagoniste : Luce, sa mère, et Solange, l’institutrice munie du savoir scolaire. Luce et la mère dépourvues de mots ne sont qu’un bloc informe et taiseux, toutes deux séparées du monde.

C’est au moment de la scolarisation que ce bloc se fissure brutalement. Moment où Solange, intriguée par cette petite, décide de faire irruption dans la maison pour offrir un cartable, et de noter son nom au tableau de l’école. La réaction de Luce est immédiate : S’enfuir de ce lieu pour retrouver sa mère exclue de ce savoir. Luce ne retournera pas à l’école mais l’inscription imperceptible des lettres laissent leurs traces au point de dessiner la frontière entre son corps et celui de sa mère. Luce trouvera une façon de faire pour conjoindre ces deux mondes en brodant des lettres silencieusement.

Suite à « l’incident », l’institutrice, animée par le désir de vouloir enseigner, tombe dans un quasi état mélancolique comme si d’avoir été trop pressée et malgré son savoir, elle en avait perdu la boussole.

La mère sans comprendre fait preuve d’intelligence en acceptant cette fissure irrémédiable.

Ce livre refermé, s’ouvre à nous une série de questions : qu’en est-il de notre désir de bien vouloir faire pour l’autre ? L’apprentissage est-il le précipice vers la solitude ? Comment occuper sa fonction d’enseignant sans trop de fracas ?

Jeanne Benameur, Les demeurées, Éditions Denoël, collection Folio, 2000.