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Accueil / CDoc / Recensions / Les chemins des savoirs en maternelle

« La maternelle ’profite’-t-elle également à tous les enfants ? (...) La maternelle est-elle utile seulement parce qu’elle transforme les enfants en élèves, qu’elle leur permet d’acquérir les normes, habitudes, comportements qui les désignent comme tels, ou parce qu’outre cette socialisation scolaire, elle les fait entrer dans les modes spécifiques d’apprendre, de faire avec le langage, de penser le monde et les autres, propres à l’école ? »
Membres du Groupe Français d’Éducation Nouvelle et engagées dans les travaux de recherche de l’équipe Escol, les auteures de ce livre (directrice d’école maternelle et conseillère pédagogique) sont convaincues que l’école maternelle a un rôle d’autant plus important à jouer qu’elle doit aider à révéler les potentialités de l’enfant. Libratti et Passerieux insistent sur le fait qu’à son entrée en maternelle, l’enfant doit être conduit à se repérer dans le milieu scolaire où va se construire son statut d’élève. Les enseignants doivent mettre en mots les situations rencontrées par l’enfant à l’école, situations qu’il ne fera que subir s’il n’en comprend pas la pertinence.
Face à la crise du système éducatif révélant la crise d’une société qui sélectionne pour exclure, il est urgent que l’école maternelle :
- organise l’accès de tous aux savoirs ;
-  construise avec les élèves, à travers les activités qu’elle propose, le sens des apprentissages ;
-  ouvre à une construction de la citoyenneté indissociable de la construction des savoirs ;
-  prenne en compte l’ensemble des élèves dans leur hétérogénéité ;
-  promeuve une conception des savoirs au service de l’émancipation individuelle et collective.

Il ne s’agit nullement ici de proposer de nouvelles activités en classes maternelles mais de relire des pratiques en fonction de choix, de conceptions de l’école, de l’enfant et des apprentissages. C’est pourquoi, par exemple, « il serait pervers de prétendre faire cohabiter dans sa classe des lieux de parole permettant la prise de décisions pour modifier les comportements des enfants et des pratiques de transmission de savoir injonctives, docilisantes, détachées de toute épistémologie. Elles nient le savoir en tant que construction individuelle et collective qui met dialectiquement en jeu affectif, cognitif et imaginaire. Ce déni fait que risque de se développer dans la classe une violence symbolique qui a pour moyen et pour conséquence d’évincer le sujet apprenant des processus de recherche, le met hors jeu (hors »je« ) des savoirs et de la culture ».

ps:

M. Libratti et C. Passerieux, Les chemins des savoirs en maternelle, Chronique Sociale, 2000.