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Il est des anniversaires dont le chiffre fait faire un arrêt, dont le chiffre se retient : 50 ans, 60 ans... de la libération des camps de concentration.

À ces occasions, le silence longtemps gardé par beaucoup de déportés rescapés, se lève, se trouve habité de tous leurs mots qui tentent de pouvoir se dire. Ils parlent. Ils écrivent. Pas seulement pour des jours et des années qui font des chiffres ronds... Pour les autres jours aussi, tant est grande la nécessité de ne pas oublier, de rester vigilant, entre autres face au danger que représentent les manipulateurs, les extrémistes, les intégristes quels qu’ils soient, l’extrême droite, en général.
Il y a dix ans, Félix Gutmacher avait déjà publié un petit livre, À Frieda, qui a été distribué dans toutes les écoles secondaires, à l’initiative du Ministre de l’Éducation de l’époque, Monsieur Mahoux. Plus de dix mille exemplaires ont été distribués aux enseignants. À l’Athénée Jules Bordet, ancienne école de l’auteur, des élèves ont joué À Frieda au théâtre. À cette occasion-là, du 50ème anniversaire de la libération des camps, il avait été demandé à Félix Gutmacher d’écrire un petit livre de cinquante pages seulement pour être sûr qu’il soit lu par les jeunes. À Frieda c’est déjà un court récit de ce qu’a vécu l’auteur, récit dédié à cette jeune fille de dix-huit ans qu’il a rencontrée peu après son arrestation, à seize ans. Cette rencontre, il l’a faite au camp de Malines d’où les prisonniers partaient vers les camps de la mort. Frieda, pour ce jeune homme de seize ans, fut celle qui éveilla en lui les premiers sentiments amoureux. Sa rencontre, éphémère puisque Frida et sa famille, séparées de lui, moururent dans un camp, illuminera les pensées de Félix Gutmacher tout au long de sa vie.
À présent, à l’occasion du 60ème anniversaire de la libération des camps, il a écrit plus longuement ce qu’il a vécu : trois ans doreur dans les camps, la marche de la mort, quatre ans en sanatorium pour guérir de la tuberculose, pour se consolider aussi après tant de drames : son père gazé, sa mère et son frère suicidés.
« Je pensais que si les Allemands nous avaient pris la liberté physique, jamais ils ne pourraient nous enlever notre vie intérieure... Je n’avais qu’une seule richesse, le mental. » Et il évoque ses lectures de philosophes, l’enseignement d’un professeur d’Athénée, qui l’ont aidé à « tenir ». Il a tenu et tient depuis. Dans son nouveau livre, il relate ce qu’il a vécu, comment il a survécu, comment il a lutté. Il le fait avec sobriété, pudeur et force. Ce sont ses souvenirs à l’état brut. On se demande en le lisant, comment il est possible de survivre à un tel enfer. Des pages belles et émouvantes de son livre disent si simplement quelque chose de ces quelques rencontres salvatrices qui lui ont permis de continuer à vivre. À vivre. En humain. C’est bien de cela qu’il s’agit. Cette vie, dans les camps, après les camps, après le sanatorium, après le jury central et les études universitaires, il en parle, avec force aussi dans les pages qu’il écrit à propos de la profession qu’il a choisie, avocat, pour s’occuper des droits, de justice, « pour aider les autres ». Ils sont beaux ces passages où il parle du sens qu’il a donné à son métier, des lieux où il s’est engagé.
Félix Gutmacher prend le temps non seulement d’écrire, mais aussi d’aller à la rencontre des jeunes, de les encourager à se battre contre l’adversité et, selon les paroles qui l’ont soutenu dans les camps et qui lui venaient de son professeur de mathématique, à se battre « pour rester concentré sur la finalité à atteindre pour se surpasser. »
À Frieda et Jamais je ne vous oublierai sont deux livres qui peuvent être lus et travaillés avec des jeunes du secondaire, dès la quatrième et l’auteur peut être invité dans les classes. [1]

notes:

[1Adresse de contact : Félix Gutmacher, Avenue Minerve, 29, Bte 14, 1190 Bruxelles - Tél. et Fax : 02/344 30 09
Felix Gutmacher - Matricule 177 310- Couleur Livres