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Deux livres récents rassemblent l’essentiel du message de Philippe Meirieu.

Dans l’un, l’auteur présente une synthèse de ce qu’il a cherché à faire comprendre aux enseignants qu’il a formés. « Faire l’École, faire la classe » : ce titre évoque deux parties du livre. La première explique en quoi l’École doit être différente de la famille et des associations éducatives : elle explicite le sens du travail enseignant.
Quant à la deuxième partie, elle propose une dizaine de « tensions pour un métier » : celui de l’enseignant. Chacune de ces tensions oppose deux principes contradictoires qui contiennent, l’un comme l’autre, une part de vérité ou d’efficacité. Des principes à équilibrer, donc. Un équilibre que l’on n’est jamais certain d’avoir atteint et que l’on doit toujours être prêt à remettre en débat. Si Meirieu présente les choses ainsi, c’est probablement pour dédramatiser les polémiques qui, surtout ces dernières années et en France, ont opposé les promoteurs des pédagogies actives aux défenseurs d’un conservatisme pédagogique. Mais ce livre est un outil : en terminant la présentation de chaque tension par des questions qui invitent le lecteur à approfondir la réflexion (de préférence en groupe).
Cette organisation du discours avait déjà été utilisée dans un petit livre dont la construction a commencé il y a dix ans, sous l’égide de GGé. Mais les tensions de Danielle Mouraux concernaient l’école, dans son ensemble, tandis que, chez Meirieu, les cinq premières nous disent comment l’élève peut apprendre, et seules les autres portent sur ce que l’enseignant doit faire, sur son métier. Et il est peu question de l’institution scolaire dans son livre.
La troisième et dernière partie énonce vingt repères pour le pratiquer : pour organiser des apprentissages efficaces.

Le propos est plus large dans le dialogue entre Philippe Meirieu et Jacques Liesenborghs dans « L’enfant, l’éducateur et la télécommande », publié dans la collection Trace, qu’Hugues Le Paige dirige chez Labor.
Nous y découvrons le parcours de Meirieu : il a débuté comme animateur en éducation d’adultes, avant d’enseigner, d’organiser des expériences en « pédagogie différenciée » et de former des enseignants. Ces dernières années, il a inspiré une réforme des lycées qui a suscité beaucoup de résistances et il a dirigé la recherche pédagogique française, avant de revenir à la formation d’enseignants. Outre ses nombreux livres, il est l’auteur d’une série d’émissions de télévision sur les grandes questions de la pédagogie.
La télévision, Jacques Liesenborghs l’a pratiquée aussi, par un autre bout : comme administrateur de la RTBF, de 1999 à 2004. L’intervieweur et l’interviewé ont donc beaucoup à dire sur ce média qui participe - si mal - à l’éducation. D’où le dernier terme du titre : « La télécommande ».
Remarquons que le premier est « l’enfant » plutôt que l’élève et le deuxième « l’éducateur » et non l’enseignant : l’ambition des auteurs est de nous parler des autres institutions éducatives - famille et associations éducatives - autant que de l’école. Le livre examine en effet les rapports entre écoles et familles, mais traite peu de ce que celles-ci font elles-mêmes pour l’éducation des enfants. De même, il rappelle combien l’école, qui devrait « faire société », a un rôle différent de celui d’associations volontaires auxquelles il revient de « faire communauté ». Mais les auteurs ne précisent pas en termes positifs le contenu ni les méthodes de cette éducation associative des jeunes. Bref, un livre qui fait réfléchir, sur l’enseignement et la télévision et, dans une moindre mesure, sur la famille et les associations.