Recherche

Commandes & Abonnements

Pendant que les parents de certains enfants de notre école se font interviewer par Françoise ROBIN [1], nous, les enseignants de cette même école, nous essayons de préciser ce que nous voulons leur communiquer et comment.

Nous ne voulons pas d’un film qui ait l’aspect d’un souvenir de vacances ! Nous faisons donc appel à des professionnels du CFA (Centre de formation d’animateurs) qui vont nous aider à élaborer le message et le scénario de la vidéo, aujourd’hui devenue un DVD. C’est eux qui bénéficieront en définitive du subside de la Fondation Roi Baudouin que nous avions obtenu pour ce projet. Et nous, les enseignants, bénévoles comme d’habitude…

Nous voulons que le film représente ce qui se passe dans les classes de notre école et que tous les enseignants de l’école (et pas seulement ceux qui participent activement au projet) adhèrent au message distribué aux parents.

Préciser puis filmer
Nos réunions de travail sont donc fréquentes, longues et mouvementées mais constructives : on y discute de pédagogie en lien avec les activités que nous proposons aux enfants, de l’utilisation des médias en lien avec les messages que nous voulons faire passer, du rapport entre l’école et les familles en lien avec les questions que nous voulons aborder avec les parents. Autour de la table, se retrouvent les enseignants, mais aussi Françoise ROBIN et Daniel DE TEMMERMAN (CFA), tous deux avec un regard extérieur à notre école.

Progressivement, nous précisons l’objectif du film : répondre aux questions des parents et expliquer ce qui est important pour nous, enseignants, dans le but de mieux faire réussir les enfants. Nous choisissons les sujets qui y seront abordés et les séquences qui seront tournées dans les classes pour illustrer ceux-ci. Nous devons terminer le tournage pour la fin de l’année scolaire 2003. Cette contrainte nous permet d’éviter les discussions stériles qu’on entend encore trop souvent dans les salles des profs. Nous sommes obligés de négocier pour respecter les délais imposés par la Fondation.

Et en avril 2003, le film [2] est fin prêt. On y voit des activités menées dans les classes, des interviews d’enseignants et des enfants qui s’expriment sur différents aspects des apprentissages : droit à l’erreur, projet, plaisir d’apprendre, travail de groupe, mais aussi lecture, mathématique et éveil, de la première maternelle à la 6e primaire.

Rencontrer
Réaliser le film a pris du temps et pendant ce temps, nos idées évoluent : le film nous satisfait, il montre bien ce qui se passe dans notre école mais nous ne pensons plus qu’il soit opportun de le laisser tourner en boucle, à l’entrée de l’école. Nous avons envie de discuter de son contenu avec les parents, de l’utiliser pour amorcer, avec eux, des débats autour de ce que nous mettons en place pour leurs enfants.

La vidéo est donc prêtée à chaque famille, en début d’année ; elle est visionnée, à la maison. Ensuite, au cours de l’année, deux « Rencontres » [3] sont organisées. Nous invitons les parents à venir participer à des activités autour d’un thème que nous choisissons : cette année, cinq ans après la première « Rencontre », nous avons abordé les thèmes de la lecture et de l’erreur. Après un court moment collectif de présentation des objectifs de ces réunions, nous formons trois ou quatre groupes d’une douzaine de parents, sans tenir compte de l’âge de leurs enfants. Pendant deux heures, nous les plongeons dans des situations semblables à celles que nous animons dans nos classes. Pour terminer la « Rencontre », nous réunissons à nouveau tous les parents. Chaque groupe est invité à dire une phrase, une question, un avis sur ce qu’il a vécu.

Le but de ces soirées est double : nous voulons entendre la perception des parents sur le sujet proposé, en évitant de les juger, et nous voulons expliquer ce que nous faisons à l’école dans les classes. Se mettre ainsi à l’écoute des parents pour essayer d’apprendre d’eux, mais aussi faire savoir ce que nous faisons pour permettre à leurs enfants d’apprendre, tout en évitant le jargon pédagogique et sans baisser le niveau, n’est pas si simple !
Le souci des parents est d’abord leur enfant. Quand ils viennent à l’école, c’est souvent pour parler de leur enfant, dans un registre d’ordre individuel et affectif. Les situations dans lesquelles nous les plongeons pendant une « Rencontre » leur demande de faire rupture avec cette habitude : nous leur demandons de passer à un registre plus collectif (le travail de tous les enfants de l’école) et plus rationnel (comment on apprend dans notre école). Pour eux aussi, ce n’est pas si simple !

Réfléchir ce qu’on fait
Le fait de devoir présenter aux parents comment nous travaillons avec leurs enfants et le fait de devoir nous positionner devant eux sur les modalités d’apprentissage que nous mettons en œuvre à l’école nous a rapidement placés, nous les enseignants, devant la nécessité de nous donner un minimum de pratiques et d’explications communes. Ce besoin est apparu dès l’organisation de la première « Rencontre ». Depuis, lors de la préparation des activités que nous allons faire vivre aux parents et de l’élaboration du « discours » que nous y associons, nous confrontons nos avis, nous remettons en question ce que nous croyons savoir, à la fois dans le domaine de la didactique (qui reste, à nos yeux, l’élément essentiel de notre profession) et dans le domaine de nos représentations des parents.

En ce qui concerne les représentations des parents, nous avons ainsi mis en place un « groupe de retardataires » : les parents qui arrivent en retard à une « Rencontre » perturbent involontairement le groupe dans lequel ils entrent tardivement. Par contre, s’ils sont présents, c’est qu’ils ont envie de participer et nous nous devons de le reconnaitre. Un des enseignants anime donc un groupe qui accueille tous les parents retardataires. Ces derniers y vivent les mêmes activités que dans les autres groupes, parfois écourtées. Cependant, ils peuvent y poser, comme les autres, toutes leurs questions.

Du point de vue de la didactique, le sujet de la première « Rencontre » de cette année scolaire était la lecture. Ce sujet avait déjà été traité, il y a 5 ans. Pourtant, nous avons utilisé d’autres documents pour animer la « Rencontre ». Sans changer notre manière de travailler, grâce aux discussions pendant la préparation des activités et l’utilisation d’apports plus théoriques, nous sommes arrivés à une compréhension plus fine de ce que nous faisons avec les enfants. Obligés d’élaborer des activités et un discours compréhensibles par la majorité des parents de notre école (en discrimination positive), nous sommes devenus capables de réagir plus efficacement aux difficultés des enfants.

Évaluer
En organisant ces « Rencontres », en septembre 2003, un de nos buts était d’améliorer la scolarité des enfants. Mais comment mesurer l’impact des « Rencontres » sur la réussite des enfants ? Comment isoler l’effet des « Rencontres » des effets des autres paramètres qui peuvent intervenir dans la réussite scolaire d’un enfant ?

Par contre, nous constatons régulièrement, à travers des conversations avec les parents venus aux « Rencontres », que ceux-ci prennent conscience du long développement de l’intelligence d’un enfant, bien différent d’une accumulation de savoirs. Ces parents ont de plus en plus confiance dans l’école et le disent.

Et nous, en tant qu’enseignant, nous avons une meilleure perception de qui sont les parents, quelles sont leurs représentations et leurs attentes. Nos représentations personnelles sur les parents sont questionnées et s’adaptent. Pas seulement à travers les « Rencontres », d’ailleurs ! Mais pour découvrir les autres activités proposées aux parents, il faudra lire le prochain numéro ! z

notes:

[1Coordinatrice de la ZEP au moment du récit.

[2Pour obtenir ce DVD, contactez CGé : 02/218 34 50 – traces@changement-egalite.be.

[3Des articles décrivant de manière détaillée deux de ces « Rencontres » sont publiés dans des numéros précédents de TRACeS : L’école des parents (n° 174 – jan/fév 2006) et Parler du savoir parler avec les parents (n° 189 – jan/fév 2009).