Accrocher les élèves à l’école !

En 2012-2013, notre école a proposé la création d’une 3e professionnelle généraliste, dans laquelle les cours généraux étaient renforcés et les cours d’option remplacés par des cours d’initiation aux options anciennement organisées au 2e degré[1]Services sociaux, Vente, Travaux de bureau.. Fin aout 2013, nous avons obtenu l’autorisation d’étendre l’expérience à la 4e. Nous proposons donc, à présent, un 2e degré généraliste. Dans les prochains numéros, nous vous proposerons d’entrer dans ce projet et d’en vivre différents aspects. Mais commençons par le situer.

Cette première année a été enthousiasmante, mais épuisante : beaucoup de travail collectif, de réunions, des décisions prises parfois dans l’urgence, peu de temps pour l’évaluation… mais aussi satisfaction devant la qualité du travail des élèves et devant l’évolution de leur réflexion sur leur avenir, comme si cette année leur avait permis de grandir et d’apprendre à chercher leur place.

De l’expérimental en équipe

Cette 3 P généraliste vise deux objectifs : accrocher les élèves en menant avec eux différents projets en relation avec les cours d’initiation et travailler avec eux le sens global de l’école en renforçant leurs compétences de base, pour leur permettre d’arriver moins difficilement au 3e degré et même, si possible, à favoriser ce passage grâce à un choix positif d’option. Nous devons pouvoir justifier à l’Administration que notre projet est meilleur que l’ancien 2e degré par options, car il aide les élèves à développer leur projet personnel, leur donne l’envie d’un métier et les motive à mieux se former.

Grâce à leur grille de cours commune, les élèves ont compris que les enseignants poursuivaient des objectifs communs et préparaient des activités et une partie de leurs cours ensemble. Cela a renforcé la légitimité de tous les cours. Grâce à la réflexion initiée au cours de Projet Personnel, les élèves comprennent qu’un métier, cela s’apprend et se choisit en connaissance de cause et non par hasard.
« Travailler le sens global de l’école avec les élèves. »
Du côté des enseignants, ce centrage sur les compétences de base à acquérir avant de choisir une option a remis en question les représentations sur la réussite de chaque matière, sur la manière de les évaluer, entre le formatif et le certificatif. Quel équilibre trouver entre compétences disciplinaires et transversales ? Faut-il favoriser le passage automatique en 4e de l’élève en progression durant sa 3e, même si tous ses résultats ne sont pas encore satisfaisants ?

Des questions qui soulèvent

Le travail par compétences n’est pas aisé : comment mettre en évidence la compétence exercée à travers le contenu « prétexte » à l’apprentissage ? Pour permettre à chaque élève d’avancer dans ses apprentissages à son rythme, il faudrait toujours garder ces questions en mémoire : « Qu’est-ce que j’apprends à mes élèves lorsque je les fais travailler sur cette matière ? Comment vais-je faire retravailler la compétence non acquise sur la matière suivante ? » Et non : « Qu’est-ce que j’apprends comme matière à l’élève ? Comment va-t-il faire pour rattraper cette matière si je suis passé à la suivante ? »

Le fait de travailler par projets peut aussi se révéler piégeant : nous avons envie de les faire aboutir. Comment y arriver sans reprendre le pouvoir sur l’action et le confisquer aux élèves ? Comment faire percevoir aux élèves les compétences en jeu dans leur réalisation ? Comment fixer ces compétences, sans se contenter de les approcher et de les exercer une fois ? Nous avons commencé à percevoir que concevoir des projets, c’est se donner des objectifs raisonnables, sans culpabilité ni passion, les expliciter et prendre le temps de les évaluer pour pouvoir se servir par la suite de ce qui a été expérimenté.

Nous avons bénéficié d’un suivi de deux réunions par des conseillers pédagogiques. Avec eux, nous avons essayé de prendre du recul sur l’expérience que nous menions et de réfléchir sur ce que signifie « partir des élèves pour travailler ». Pour plusieurs enseignants soucieux de préparer leurs cours, cela semblait paradoxal de devoir rédiger des intentions pédagogiques pour une année complète et en même temps, de « partir des élèves ». Comme si, partir des élèves, c’était entrer en classe sans avoir rien préparé et demander aux élèves leur avis sur tout. Cette sensation de liberté, ou d’insécurité, était renforcée par le fait que nous avions la possibilité de « sortir des programmes », par exemple, pour créer les contenus des cours d’initiation aux options. Nous devons en effet arriver à concevoir un programme pour chaque cours d’initiation, nous interroger sur ce qu’on peut attendre des élèves, ce qu’on peut leur faire découvrir. En 3 P, nous réfléchissons sur les métiers auxquels les formations peuvent mener. En 4 P, nous allons exercer certaines compétences spécifiques de ces métiers.
Nous avons vécu la fin de l’année dans l’insécurité face à la possibilité d’étendre l’expérience à la 4 P et à la validation de ce degré expérimental : devrions-nous revenir à une grille classique par options en 4 P pour éviter que les élèves qui termineraient un 2e degré généraliste ne voient leur formation non reconnue ? Mais qu’allaient retirer nos élèves de l’expérience s’ils savaient dès le départ que leur « choix » impulsif d’une option n’était que retardé d’un an ? Comment allaient-ils comprendre l’intérêt d’une année « généraliste » ? Quels auraient été les critères de réussite d’une 3P généraliste vers, par exemple, une 4P Services Sociaux dans la grille de laquelle il n’y a ni langue étrangère ni travaux sur ordinateur ou initiation à la vente, cours de la grille expérimentale ?

À suivre

L’expérience continue et motive une bonne partie de l’équipe pédagogique. Elle réclame de la disponibilité au travail d’équipe, mais amène de la solidarité et de la cohérence. Manifestement, elle provoque une réflexion et une évolution dans les pratiques de classe qui peuvent conduire les élèves vers une meilleure réussite scolaire. Nous verrons en fin d’année à quels résultats elles mèneront.

Dans le prochain numéro, nous vous raconterons comment nous essayons d’améliorer les compétences de nos élèves en « partant d’eux » : comment, à partir de tâches concrètes, nous essayons de les amener à s’interroger sur ce qu’ils apprennent et sur la manière dont ils s’y prennent pour apprendre.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Services sociaux, Vente, Travaux de bureau.