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Quand le défi pointe son nez, sortir de sa zone de confort, ce n’est pas simple. Être placé dans une nouvelle situation d’apprentissage à l’âge adulte peut nous aider à mieux comprendre les mécanismes d’apprentissage de nos élèves. Cela permet de mieux appréhender l’intensité d’une journée d’élève et de relativiser la complexité de notre métier d’enseignant.

Quand on est grand, finalement, nous vivons rarement le processus de « nouvel apprentissage ». Il s’agit plutôt de perfectionner ou réadapter des savoirs. Nos prérequis sont très nombreux. Ce n’est pas comme si on apprenait à rouler à vélo tous les jours. Nos élèves, eux, sont régulièrement confrontés à ces nouveaux défis.
Il y a quelques mois, j’ai vécu une situation d’apprentissage. J’ai été confrontée à la peur, au doute et au manque d’estime de moi. J’ai réussi à relever le défi, car j’ai été bien aiguillée et accompagnée. Cette expérience m’a confortée dans l’idée que le pédagogue doit faire preuve de tolérance et de bienveillance. Et laisser le temps nécessaire aux élèves pour qu’ils approprient les objectifs et les outils.

Une montagne

Voici ma petite histoire. Elle démarre au mois de septembre 2018. J’ai intégré le comité de rédaction de TRACeS depuis peu. Pendant une réunion, nous abordons les différents sujets que vont traiter les prochaines publications de notre magazine. Noëlle me regarde et me dit : « alors Doriane, tu ne voudrais pas écrire quelque chose pour le prochain numéro ? »
Mon cœur bat à cent à l’heure ! Ai-je bien entendu ?
Oui, j’ai bien entendu ! Elle sourit et surenchérit  : « Allez, lance-toi ! »
Je lui ai répondu « Nonnn ! » Je ne suis pas prête ! Non ce n’est pas possible.
Je savais bien que ça viendrait un jour, mais pas si vite. Alors, je dis que je vais y réfléchir et je me laisse du temps pour digérer l’épreuve.
Je ne sais pas écrire. Je ne sais pas quoi écrire. Je ne veux pas écrire. Je n’ai jamais écrit. Parfois, un discours pour un mariage ou un enterrement et quelques cartes postales. Écrire un article tout entier, impossible !
Moi j’aime bien lire.
Bref je panique, ça me fait peur et je me pense incapable. Aligner des mots et rendre des idées intéressantes me semble être un défi insurmontable. J’ai peur de la confrontation au lecteur, j’ai peur d’être ridicule.
Oui, mais bon, allez Doriane... il faut que tu essaies quand même...
Non c’est hors de portée, rien ne va aller, je vais couler ! Là, je pense à l’une de mes filles qui a pris sur elle et qui a apprivoisé l’eau dont elle avait si peur. On apprend par la contrainte aussi.

La source et l’oreille

Pour m’aider, je dois retourner à la consigne de départ. Je retourne à la source en contactant Noëlle par téléphone. Celle-ci me reprécise ce qu’on attend de moi. Elle me pose des questions et cherche à approfondir mon sujet. Je lui explique que c’est plus facile de développer les idées en discutant avec elle que seule face à cette feuille blanche. Cette merveilleuse personne me rassure en me disant de ne pas m’inquiéter, que je dois juste essayer. Et j’ai osé essayer...
Au départ, des mots un peu « bateau », j’étais presque en train d’écrire mon curriculum pour me trouver de la légitimité.
Et j’y vais, je me lance et les mots viennent ! Je sais ce que je veux dire. En écrivant, les mots viennent encore, les idées et les ressentis s’entrechoquent. Je rajoute, je détaille, je barre, je fais des ratures. En relisant, je structure un peu et je précise les idées. Et puis, je l’envoie et je ne suis plus inquiète. Je l’ai fait.
Dans ma tête cette phrase résonne : allez lance — toi ! Essaie, ose !
Finalement, aucune obligation de réussite, juste une nouvelle porte à ouvrir. Un cap à passer. Franchir les limites que je me pose à moi-même, car je doute, j’ai peur et je cherche à éviter. On ne me demande pas d’écrire une thèse non plus !
Du coup, des liens se créent dans mon esprit. Réussir, c’est juste oser ? C’est juste prendre son courage à deux mains. Ensuite, apprendre c’est juste oser ?
Pour apprendre, il faut faire. J’y suis arrivée parce que j’ai essayé.
Quelqu’un m’a lancé un défi, quelqu’un a cru en moi. Noëlle a été l’impulsion et le guide. Finalement, le résultat m’importait peu.
Je suis fière de ma démarche. Peut-on s’habituer à oser. Peut-on apprendre à oser ? Par la suite, je perfectionnerai.
J’ai appris qu’un impulsion bien lancée suffit pour déclencher l’apprentissage. Croire en l’autre, lui donne des ailes, ouvre des possibles. Je suis enseignante et j’espère être une ouvreuse de possibles.