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Accueil / Politique / Prises de position / Prises de position Archives / Autonomie des écoles ou des enseignants ?

Deux publications récentes nous aident à mieux comprendre les problèmes de l’école et à imaginer comment les résoudre. Il s’agit de la consultation des enseignants du fondamental, réalisée par le Centre d’études sociologiques des Facultés Saint-Louis, à la demande du ministre Nollet, et du livre « Ecole de l’échec, comment la réformer ? », d’Alain Destexhe, Vincent Vandenberghe et Guy Vlaeminck. La consultation pose une bonne question et le livre, qui y apporte une mauvaise réponse, a le mérite de stimuler ainsi la recherche de la bonne.

La consultation montre une aspiration des enseignants à plus d’autonomie dans l’exercice de leur métier. On leur a servi trop de prescriptions généreuses et générales qui ignorent la complexité de l’exercice quotidien de leur métier.

En réponse à cette aspiration, le livre propose une plus large autonomie des établissements, confrontés à une mesure de leur efficacité, constituée par une évaluation externe des acquis de leurs élèves, qui étendrait ce que PISA a réalisé.

Cette enquête PISA a mis en évidence « le » problème de la Belgique francophone. Ici plus qu’ailleurs, le système scolaire accentue les inégalités sociales plutôt que de les réduire. Car il organise une ségrégation sociale entre écoles pour riches et écoles pour pauvres.

Sur un quasi-marché où les parents les plus aisés choisissent les écoles réputées meilleures, une plus grande liberté des chefs d’établissement ne ferait qu’accentuer la différenciation des établissements. C’est en cela que nous estimons que la réponse de Destexhe est mauvaise.

Mais la liberté des directions d’école n’est pas l’autonomie des enseignants. Ceux-ci sont las de se voir prescrire ce qu’ils doivent faire, mais voudraient mieux savoir comment le faire. Ils ont compris les missions de l’école et y adhèrent, mais sont mal à l’aise de ne pouvoir les concrétiser. Ils acceptent le rôle de ceux qui les encadrent - directeurs, inspecteurs, conseillers pédagogiques, formateurs - mais déplorent leur manque de compétence. Et ils demandent du temps pour réfléchir ensemble, avec l’aide d’un encadrement plus compétent, à leurs problèmes professionnels : aux dispositifs précis qui, dans la situation concrète de leur classe, permettraient à plus d’élèves d’apprendre réellement.

Bref, ils demandent du temps pour se construire une culture professionnelle collective. Voilà l’autonomie demandée que nous montre la consultation des enseignants du fondamental. Mais comment la concrétiser ? Quelle serait la bonne réponse ?

Un cadre de l’enseignement, pour être compétent, doit avoir l’expérience du métier à encadrer et une formation adéquate. Parmi ceux qui ont déjà travaillé quelques années comme enseignants de base, il faudrait choisir ceux qui ont le mieux résolu leurs problèmes professionnels et qui savent écrire sur cette résolution et en parler, pour leur offrir une formation approfondie, qui parte de ces problèmes.

Mais avec quels contenus de formation et quels critères de sélection, avec des formateurs et des examinateurs choisis comment ? Pour ce débat à la fois technique et politique, il faudra des mois et des années. Il est donc urgent de l’ouvrir et d’expérimenter les hypothèses qui en émergeront.

Et pour que des enseignants plus nombreux se forment plus longuement à devenir les cadres de leur métier, pour que les autres réfléchissent ensemble, avec l’aide de ces cadres, à la solution des problèmes d’apprentissage de leurs élèves, il faut aussi du temps : en heures de travail cette fois.
Donc, pour ne pas réduire l’encadrement des élèves, des enseignants plus nombreux. Et, pour payer ceux-ci, de l’argent.