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2005 : un Contrat pour l’École. Du jamais vu en Communauté française ! On y croit, beaucoup sont prêts à contribuer au projet, parmi eux, ChanGements pour l’égalité.

2008 : où en est-on actuellement ? Qu’est-ce qui a réellement changé ?

En 2005, un Contrat pour l’École voit le jour, basé sur des constats unanimement partagés sur le peu d’efficacité de notre système éducatif et surtout les fortes inégalités qui le caractérisent. On y trouve :

- des objectifs clairs et partagés en vue d’augmenter le nombre de diplômés, diminuer l’échec scolaire, oser la mixité sociale et combattre les relégations ;
- dix priorités pour notre École, assorties d’une mobilisation budgétaire massive ;
- un calendrier serré d’un chantier qui doit dépasser la législature en cours.

Durant ces derniers mois, l’équipe politique du mouvement sociopédagogique ChanGements pour l’égalité s’est livrée à une évaluation du Contrat pour l’École, en regard d’une revendication forte qu’elle estime prioritaire : faire en sorte que TOUS les enfants en Communauté française sortent de l’école obligatoire avec un bagage qui leur permettra de s’épanouir sur le plan personnel, citoyen et professionnel [1].

Paralysies

Le bilan est plus que mitigé. Certes, il faut saluer les intentions, les ambitions affichées, mais globalement les avancées tangibles au regard des objectifs annoncés sont maigres et symboliquement, les nombreuses tensions autour de l’École – qui se sont principalement manifestées au travers du décret « Inscriptions » (28/02/07) – ont déforcé le « contrat de confiance » escompté.

Du côté des engagements politiques, le gouvernement, principalement socialiste et son timide partenaire humaniste (CDh), porte sa part de responsabilité, mais les partis de l’opposition n’ont pas non plus été des plus constructifs : le Mouvement Réformateur a beaucoup vociféré sans émettre de propositions très concrètes et Écolo est souvent resté en retrait.
L’impression qui ressort globalement est d’être toujours resté à la marge, de ne pas avoir atteint le noyau dur permettant d’inverser la vapeur. Plus que jamais, notre système scolaire a montré ses limites et les paralysies qui lui sont propres.

Même si l’exercice est plus aisé à postériori, pointons, parmi d’autres, plusieurs manquements voire errements évitables :

- Le glissement d’un contrat pour l’éducation à un contrat pour l’école qui ignore tous les acteurs éducatifs œuvrant à combler le fossé des inégalités autour de l’École, qui se concentre sur des actions scolaro-scolaires. On va ainsi à l’encontre de l’idée, pourtant déjà ancienne et largement partagée, selon laquelle « L’École n’est pas toute seule » et que l’éducation est l’affaire de tous (familles, École, associatif).

- Le saupoudrage, en début de législature, qui prévoyait de renforcer l’encadrement des deux premières années du fondamental. Même si cet apport minime est déjà profitable parce qu’il améliore les conditions de travail des enseignants et des élèves, on sait que sa mise en œuvre requiert un accompagnement particulier, notamment de la part des directions [2]. On pouvait prévoir que l’égalité n’en sortirait pas nécessairement renforcée. Pourquoi ne pas avoir ciblé les 10 % des écoles les moins favorisées afin de transformer radicalement et durablement les conditions d’enseignement et donc d’apprentissage dans les écoles les plus exposées aux difficultés ?

- L’acharnement à vouloir réguler les refus d’inscriptions sans tenir compte de la réalité et de la complexité de notre système scolaire.

Tentatives

Deux lueurs d’espoir quand même dans cette grisaille :

- Feu le décret « Inscriptions » rebaptisé décret « Mixité » qui impose une proportion de mixité sociale afin de lutter contre la ghettoïsation du système scolaire. C’est un bon début, mais ceci risque de braquer encore davantage les établissements accueillant un public favorisé. L’idée d’égalité fait peur, car elle est souvent mal comprise et interprétée comme une inévitable baisse du niveau d’enseignement. Pourtant, il est notoire que les systèmes scolaires les plus égalitaires sont aussi les plus performants !

- Les mesures prises en faveur de l’encadrement différencié visant à mieux encadrer en moyens humains et matériels les écoles en milieux défavorisés. Il faut néanmoins éviter de tomber dans une logique purement quantitative et définir des priorités en termes qualitatifs également. Ces enfants n’ont pas seulement besoin de plus d’enseignants et de plus d’heures de cours ; ils ont besoin d’autre chose que « plus de la même chose ». Ils ont besoin d’être compris et soutenus, dès leur entrée en maternelle [3], dans leurs difficultés d’appréhension de la forme et de la culture scolaires, d’acculturation et d’appropriation des savoirs [4]. Cela requiert des pratiques enseignantes plus appropriées et plus réfléchies, ce qui exige à son tour des temps structurels de travail en équipe, d’intervision et d’accompagnement.

Pressions

Néanmoins, il serait injuste de jeter uniquement la pierre aux politiques de tous bords. Quelle est in fine leur marge de manœuvre au regard d’autres acteurs infiniment plus puissants que sont les fédérations de pouvoirs organisateurs de l’enseignement ? Dans la plupart des dossiers à même de modifier en profondeur la nature de notre système éducatif (bassins scolaires, décret « Inscriptions »,…), ceux-ci se sont montrés ambigus, timorés, voire récalcitrants à toute avancée visant à faire diminuer les inégalités générées au sein de l’École. C’est encore et toujours une concurrence stérile entre réseaux qui guide leurs décisions. Notre système scolaire s’est historiquement construit sur la double liberté laissée, d’une part, aux usagers de choisir leur école et, d’autre part, aux pouvoirs organisateurs de mettre sur pied leur mode d’enseignement. Dans la dynamique de ce qui a précédé le Contrat pour l’École, il est inacceptable d’admettre une forte revendication de liberté et davantage d’autonomie sans prendre ses responsabilités face à l’ampleur de la dualisation. Pour le dire autrement, il faut assortir l’obligation de moyens des fédérations de pouvoirs organisateurs à une obligation de résultats, pas uniquement à l’égard de leurs propres écoles, mais à l’échelle de l’ensemble du système.

Il faut également dénoncer le rôle des médias et principalement de la presse audio-visuelle de service public, qui réduit le plus souvent les questions éducatives à de l’anecdotique et du spectaculaire [5]. Nous sommes de ceux qui réclament un traitement régulier et en profondeur des enjeux éducatifs au sens large à des heures de grandes écoutes.

CGé, en cette période préélectorale, compte faire entendre sa voix, que ce soit de manière collective, notamment au sein de la Plateforme contre l’échec scolaire [6], ou en son nom propre. Les thèmes abordés porteront certes sur les réformes de nature structurelle, mais surtout sur les réformes qualitatives à apporter dans la sphère éducative (métier d’enseignant, relations entre l’École et son environnement, contenu des apprentissages,…).

En tant que citoyen, préoccupé par les questions éducatives, nous vous invitons à nous rejoindre dans cette démarche d’éducation permanente. D’ici peu, les revendications de CGé en vue des élections communautaires seront accessibles sur notre site Internet (www.changement-egalite.be), nous vous invitons à y réagir via notre espace-débats.

Rudy WATTIEZ, secrétaire général de CGé

notes:

[1Notre évaluation se présente sous la forme d’articles successifs parus sous la rubrique Impolitique de la revue Traces de Changements n°182 à 185 et sont disponibles sur notre site Internet www.changement-egalite.be.

[2Lire l’article de P. Smet dans Traces 183, sur le rôle crucial des directions dans la mise en œuvre des mesures et réformes.

[3Lire l’article d’I. Berg dans Traces 184, sur l’enjeu primordial des maternelles et sur la méconnaissance des difficultés d’apprentissage dans les textes du Contrat pour l’École.

[4Lire l’article de D. Mouraux dans Traces 185, sur la relation École-familles et le risque d’effets pervers des mesures préconisées dans la priorité 10 du Contrat pour l’École.

[5La RTBF sera-t-elle au rendez-vous des enjeux éducatifs en Communauté française ?, Le Soir, 06/05/08.

[6Le 10/09/08, la Plateforme a tenu une conférence de presse où elle a présenté son évaluation du Contrat pour l’École et ses revendications en vue des élections régionales et communautaires.