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Pas si simple, de regarder !

Botassart, un petit village d’une quarantaine d’habitants, perdu dans la vallée touristique de la Semois. Malgré son célèbre site du Tombeau du Géant, le village semble presque ignoré du tourisme de masse. Le village est resté relativement « intact » depuis le début du siècle et donc particulièrement lisible dans les rapports existant entre ses différents éléments architecturaux.

On trouve donc au centre du village une place avec un château, une chapelle et une ferme. Cet ensemble symbolise à lui seul les trois ordres structurant la société par le passé. Autour de ce symbole, des anciennes fermes et une série d’équipements communautaires : un lavoir, une laiterie, un four, une école et, à quelque distance du village, un moulin. C’est ce réseau social que nous nous sommes proposés de faire découvrir à des enfants et des jeunes, au travers de l’observation des bâtiments, dans le cadre d’un centre de classe de découvertes à Botassart.

Pour réaliser notre projet, nous devions varier au maximum les modes d’approches afin de rencontrer la diversité des attentes des individus constituant tout groupe. C’est ce leitmotiv qui nous a amenés à construire une série d’activités de plus ou moins deux heures chacune permettant de rencontrer le patrimoine du village ou l’un ou l’autre de ses aspects. Ces démarches se devaient d’être simples de manière à inviter les enfants à les reproduire dans leur environnement propre. En voici quelques-unes.

Des activités de découverte

Images-flash est un parcours d’observation du village. Les participants, aux yeux semi-bandés, s’arrêtent à sept points de vue (mettant en valeur, au travers des bâtiments, les activités humaines dans le village aujourd’hui). Ils n’observent chacun d’eux que pendant cinq secondes, un peu comme si ils prenaient une photographie du point de vue. À la fin du parcours, à l’aide de pastels gras (afin d’éviter les détails), ils dessinent ce qu’ils ont observé. Les dessins sont ensuite classés en fonction du thème choisi. Il est toujours étonnant de voir la richesse conceptuelle de ces prises d’informations brèves permettant de mettre en évidence ce que les participants constatent au premier coup d’œil.

À l’inverse, Croque-moi est un parcours où l’on invite les participants à prendre le temps d’observer en dessinant trois éléments du village. L’important est ici de placer les participants dans les conditions de croquis optimales : chaises fixant l’angle de prise de vue, abris en cas de pluie, utilisation de crayons gras… Le dessin se réalise généralement par deux ou par trois afin que la somme des subjectivités des observations tende à l’objectivité.

Les Boites de Vinci est un autre parcours typique d’éducation du regard. Au départ, les participants observent le village depuis trois roulottes, transformées en des sortes d’appareils photographiques géants et poursuivant chacune des objectifs particuliers d’initiation à la photographie. La première roulotte, contenant des périscopes, permet d’observer un paysage à l’envers, afin de dégager les lignes de force du paysage. La seconde, par ses multiples points de focalisation du regard initie les participants à décoder une image complexe et à mettre en valeur ce que l’on souhaite faire passer comme message au travers d’une photographie. La troisième permet de vivre l’expérience d’une chambre noire. Après cette première animation, les participants choisissent un sujet et réalisent un reportage photographique (numérique) dans le village. La comparaison des productions entre les groupes ayant vécu l’animation « roulottes » et ceux ne l’ayant pas faite est édifiante au niveau de la finesse du regard porté.

Dans le Village animé, il s’agit, au départ de blocs de bois standardisés, de réaliser une maquette évolutive du village de 1850 à nos jours. Pour ce faire, chaque équipe de participants se voit confier quelques bâtiments du village pour lesquels ils doivent sélectionner la représentation à l’aide des blocs de bois, observer finement le bâtiment pour en déterminer l’année ou la période de construction ainsi que d’éventuelles évolutions marquées dans le volume du bâtiment. Les groupes disposent aussi de documents photographiques anciens. À la fin de cette phase d’enquête, une première maquette est construite par les apports des différents groupes et, ensuite, chaque évolution s’y trouve marquée. À chaque étape de l’évolution de la maquette, une photo numérique est prise, toujours selon le même angle de vue. En final, l’ensemble des photos défilant rapidement en un album permet (comme dans un dessin animé) de visualiser l’évolution du village et de rendre celle-ci concrète aux yeux des participants.

L’archéoraid se présente comme un parcours plus classique d’émission d’hypothèses sur des sites particuliers. Dans notre cas, ce qui sera cette fois mis en évidence sont les diverses utilisations de l’eau par les hommes d’autrefois. Puits, lavoir, moulin, canal d’irrigation… sont autant de vestiges en ruine qu’il s’agit de faire parler afin de comprendre les rapports qu’entretenait un groupe humain avec cette ressource naturelle. Ce parcours vise donc pleinement, au delà de l’éducation au sens du patrimoine, une réelle éducation relative à l’environnement.

Des activités de structuration

Les activités qui visent à structurer des découvertes sont réalisées dans la suite de démarches d’observation.

À l’ombre des tilleuls est une découverte nocturne du village pendant laquelle le groupe est confronté à plusieurs mises en scènes permettant de se plonger dans la vie du village au début du siècle. C’est une véritable quête au cours de laquelle les participants découvrent les conditions de site et de situation du village. Cette approche privilégiant l’imaginaire nous a toujours surpris quant à son impact au niveau de la mémoire des participants dans leurs rencontres avec les personnages et au niveau de la perception des volumes des bâtiments dont seule la silhouette est visible durant la nuit.

Le Musée interactif développe quant à lui une approche affective du village. Chaque groupe de deux ou trois participants choisit un élément du village qui leur parait particulièrement représentatif de celui-ci. Ils doivent ensuite le représenter en trois dimensions et l’exposer dans un musée à l’adresse de l’école qui viendra par la suite à Botassart. Le fait de privilégier l’utilisation d’éléments naturels (petites pierres de schiste) offre des résultats surprenants. Il est frappant aussi de constater que les groupes qui découvrent le musée en ont un grand respect alors que ce dernier est placé dans un lieu de grand passage, sans aucune protection des réalisations.

Afin de structurer les découvertes, nous employons aussi une grande maquette, dite Tableau de sable, sur laquelle les participants symbolisent au fur et à mesure leurs découvertes de l’environnement de Botassart. Est-ce le travail en trois dimensions ? Est-ce parce que les conventions de la maquette sont à chaque fois négociées avec le groupe ? Toujours est-il qu’en fin de semaine, les participants sont capables d’exprimer les principales relations existant entre les éléments constitutifs de l’environnement de Botassart. La maquette permet aussi d’envisager et de visualiser des « avenirs » possibles, acceptables ou non.