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Stationnement.

Depuis longtemps, les enseignants du fondamental demandaient des heures de concertation nécessaires pour organiser des activités, des démarches nouvelles créer des outils de travail...

Actuellement, ce temps est prévu et fait partie du temps de travail. Il est précieux mais... comment est-il utilisé ? Qui en décide ? Y travaille-t-on en fonction d’un projet d’école ? Favorise-t-il la créativité personnelle et collective des enseignants ? Une enseignante insatisfaite raconte.

La direction parle

La concertation a lieu une fois par semaine pendant 1h05’.

Dans mon école, les enseignants écoutent chaque fois les dix à quinze points d’un ordre du jour composé par la direction et traité par elle.

Un tiers de ces points sert de rappel des consignes intérieures comme les surveillances de la cour, le rangement, la propreté, les cartables le long des murs deux par deux, un enfant qui jette un papier à la cour en fait dix fois le tour, etc. Ce genre de points est repris à chaque concertation.

Un autre tiers concerne l’organisation des cours spéciaux (gymnastique, morale, religion, informatique) : on reprécise les horaires qui changent selon les semaines paires et impaires, le tout, en alternance avec la piscine et selon la disponibilité des locaux.

Enfin, le dernier tiers s’intitule « divers » et comprend ce qui va se passer dans la semaine ou le mois à venir : réunion de parents (combien de bancs prévoir), marché de Noël, défilé du 11 novembre, etc.

Les enseignants se taisent

La seule intervention acceptée par la direction est une demande de reprécision. Pour tout le reste, on a intérêt à être d’accord, sans plus. Certains ont essayé d’amener leur parole mais elle est vite gommée.

Quelqu’un demande par exemple si on ne pourrait pas organiser autre chose qu’un marché de Noël. Réponse : « Non, ça s’est toujours fait ». Quelqu’un voudrait soulever une question de fond à propos de la réunion des parents. Réponse : « Éviter les questions de fond avec les parents, les rassurer, dire que tout va bien et surtout ne rien laisser remettre en question quant à l’organisation de l’école ». Face à d’autres interventions, les réponses de la direction sont toujours les mêmes : « Ce n’est pas le moment, prenez rendez-vous avec moi pour en parler ».

Le jour où quelqu’un a osé dire que ces moments n’étaient pas vraiment de la concertation, la direction est devenue agressive, elle a rabroué la personne et l’a convoquée dans son bureau... Là, elle signale vertement qu’il y a lieu de « se calmer », que la direction c’est la direction, que tout va bien ainsi et que la démocratie, chacun l’entend comme il veut. Certains sortent de là en pleurs. Suite à ce genre d’essais ratés, plus personne n’ose intervenir. On attend que cette heure passe. Pour les instits maternelles c’est encore plus pesant parce que les trois quarts de l’ordre du jour concernent les primaires. La direction ne s’intéresse pas aux petits, comme si tout se jouait après six ans. Résultat : la vraie concertation se passe ailleurs, entre nous, pour travailler un thème par exemple. Elle se passe aux récrés, au bistrot, à midi ou dans le privé. On est bien obligé de procéder de cette façon. Notre équipe de maternelles tourne quand même bien... nous sommes soudées face à un « ennemi » commun.

L’ordre règne

Mais quel ordre ? À l’ordre de qui ? J’ai l’impression que cette directrice a toujours besoin de se rassurer et de s’assurer que tout est bien en place, que tout est en ordre pour la hiérarchie. Si on touche à un de ses repères, par exemple en posant une question, c’est comme si on remettait son autorité en question. Dans ce type d’ordre, jamais une discussion de contenu pédagogique ou alors, en individuel, chez la directrice et sans trop de vagues. On aimerait bien pourtant s’interroger sur certaines pratiques qui nous semblent foireuses. Exemple : un jour, la direction fait fonctionner l’alarme incendie. Toutes les classes descendent dans la cour. Il n’y avait pas d’incendie mais trois sacs de gym qui traînaient dans la cour depuis quelques jours. But de l’opération : faire passer tous les enfants pour que les coupables prennent leur sac et qu’ils soient punis. Bien sûr, aucun enfant n’a osé dire que c’était le sien !

Pour cette fameuse concertation, nous devons avoir un cahier. La directrice le relève une fois par trimestre. Si on a été absente à un moment de concertation, on est prié de photocopier les notes d’une autre. S’il manque un compte rendu dans notre cahier, c’est grave. Et, elle y met un avis genre « n’utilise pas trop le style télégraphique ». Elle souligne aussi les fautes d’orthographe.

Les moments de concertation ne se raccrochent pas à un projet éducatif, pédagogique. L’objectif explicité de l’école : avoir un maximum d’enfants et donc un maximum de subsides (dont on ne sait pas trop ce qui est fait).

Tout ce fonctionnement a un impact sur les plus jeunes instits et les plus impressionnables qui vivent dans la crainte. Les autres continuent leur travail, en parlent entre elles et se foutent du reste.

ps:

Propos recueillis auprès de Clara Moulin.