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L’école du dehors a le vent en poupe !
À la campagne, c’est probablement nettement plus évident, mais faire la classe dans les bois bruxellois, stop ou encore ?

Forte de convictions sur les bienfaits pédagogiques et physiologiques de L’école du dehors, me voilà embarquée avec d’autres collègues de mon école fondamentale dans une formation d’un an qui se terminera en 2022. Cette formation est concrète et variée, et les encadrants sont très professionnels. Nous avons des journées de formation en milieu naturel, des modules plus théoriques ciblant des connaissances scientifiques. Nous sommes accompagnées dans la recherche et l’exploitation des milieux naturels autour de notre école. Nous recevons des outils qui permettront d’encadrer nos sorties scolaires. Nous apprenons à oser nous aventurer dans ce type d’activité et à braver les contraintes locales et pratiques. Sortir avec nos élèves, c’est favoriser la conscience de soi et la confiance en soi par la création d’un lien avec la nature. C’est faire bouger et réduire le stress des enfants des villes. C’est développer l’audace et la citoyenneté par la collaboration. Oui, mais voilà : à Bruxelles, trop peu d’écoles ont la chance de se situer près d’une forêt ou même d’un parc. Comment dès lors, pratiquer l’école du dehors ? Projet d’envergure, toujours, mais projet réalisable, pas toujours, me semble-t-il.

Sortir régulièrement !

Dans un premier temps, notre projet s’est mis en place dans la section maternelle. Dans l’avenir, nous aimerions créer une charnière entre les élèves de 3e maternelle et les 1re et 2e primaire de l’école. Ma formation n’est pas terminée, mais rien de telle que l’expérimentation !
Je propose à mes collègues de plateau de commencer des sorties avec nos quatre classes verticales de vingt-quatre élèves. La verticalité signifie qu’au sein d’un même groupe nous mélangeons des élèves de 1re, de 2e et de 3e maternelle. Nos sorties se déroulent une fois par semaine, une seule classe à la fois. J’encadre chaque groupe, afin de former à mon tour mes collègues et de leur donner gout aux sorties de ce type.
Nous avons décidé de partir une demi-journée. C’est assez court étant donné le kilomètre à faire pour atteindre notre petite forêt. Un kilomètre à pied avec des petits de trois ans, ça prend du temps, parfois 45 minutes. Cela nous laisse à peu près deux heures sur place.
La qualité et les bénéfices de ces sorties sont malheureusement dépendants de leur fréquence. Dans une école, c’est parfois difficile de construire un projet à long terme, car nous sommes toujours tributaires d’un encadrement suffisant et des autres projets qui se télescopent. Il faut une bonne grosse dose de motivation et de soutien. Heureusement, les enfants regorgent de motivation, et c’est contagieux.
Sortir régulièrement, c’est aussi ne pas craindre la météo ! Les enfants ont peu de réticences, ils aiment être dehors… Mais pour les adultes, parents et animateurs, c’est autre chose. Il faut rassurer et bien s’équiper !

En pratique

Une fois sur place, chaque séance est constituée de plusieurs moments ritualisés. Nous démarrons par une petite collation. Ensuite, une trentaine de minutes de jeu libre, en ayant donné les consignes de sécurité et identifié la zone de jeu autorisée. Pour ce faire, les enfants récoltent de quoi tracer une ligne au sol et nous construisons une frontière infranchissable. Je leur dis aussi qu’au son de mon instrument, ils doivent se rassembler autour de moi, afin d’alterner les activités. C’est le moment préféré des enfants : ils explorent, créent, touchent, sentent, écoutent, ressentent, partagent, bougent et prennent du plaisir à imaginer des histoires en collaborant librement. Ensuite, au signal du tambourin, nous nous rassemblons pour un retour au calme. Se regrouper sans pousser des cris à tue-tête ou frapper dans les mains permet de prendre soin de la faune. Si un enfant n’entend pas le signal, je propose à un autre d’aller le chercher. Bien installés sur la bâche qui nous protège du sol, j’ai plusieurs livres à exploiter. Nous partageons des savoirs scientifiques ou bien nous laissons voyager notre imagination grâce à des albums qui parlent d’animaux, d’arbres, de saison, d’émotions, etc.
Nos cerveaux ont bien travaillé, mais c’est notre corps qui s’est refroidi ! Nous voilà partis dans une petite course, à la queue-leu-leu. Pour nous réchauffer, nous créons des parcours psychomoteurs : on saute des obstacles, on zigzague entre les arbres, on s’accroche à des branches, on shoote dans les tas de feuilles, on marche en équilibre sur un tronc d’arbre couché sur le sol…
Le temps est venu pour une activité plus scolaire. Dans la forêt, tout est à disposition pour explorer les domaines mathématiques, langagiers, artistiques, scientifiques… Avec dix cerceaux, nous construisons la maison des nombres en les remplissant de 1, 2, 3… 10 trouvailles ou trésors de la nature. Avec de la terre glaise, nous composons des visages sur les troncs des arbres. Avec des boites de Pétri vides, nous observons les petits insectes ou les cloportes trouvés dans une souche de bois mort. En hiver, pour nourrir les oiseaux, nous réalisons des colliers de cacahouètes que l’on suspend aux arbres. On peut écrire son prénom, ou son initiale avec des objets naturels. En fonction des saisons, on peut faire la chasse aux couleurs. S’initier aux chants des oiseaux si l’on arrive très tôt le matin dans les bois. Des richesses à portée de main et un tas d’idées à concevoir et à partager selon l’âge des enfants !
J’ai choisi de proposer des activités avec le moins de matériel possible, ou du moins le matériel le moins pénible à transporter. Dans une valise à roulettes, je prépare en fonction des besoins : des livres, du papier collant, des marqueurs, des loupes, des boites à insectes, des documents plastifiés nécessaires à l’activité prévue. J’ai également toujours mon tambourin, des cordes, une très grande bâche et des morceaux de tissus blancs pour étaler des trouvailles. Dans mon sac à dos, j’ai de l’eau, des mouchoirs et de quoi soigner les bobos.

À long terme ?

Revenir à l’école, bien aérés et dégourdis. Remplis de nature, d’odeurs et de sons. Partager et raconter aux autres enfants les moments vécus en sortie. Synthétiser et dessiner les informations collectées ou tout simplement s’émerveiller en regardant les photos prises pendant les sorties. Chercher des renseignements sur le cloporte observé en forêt. Ces sorties nature sont une mine d’or pour poursuivre les apprentissages en classe et susciter l’intérêt des élèves.
À la question, stop ou encore, je réponds : encore ! Mais… attention à l’investissement humain et temporel de ce projet. En ce qui nous concerne, dans mon école, nous n’avons pas encore trouvé la routine qui permettra que ce projet perdure.
Le temps et l’expérience me diront si ce projet est viable. J’espère transmettre assez d’outils et de convictions à mes collègues afin que ce projet continue et soit porté par toute mon équipe.
Le partage, la coformation et le plaisir sont certainement les clés pour améliorer et adapter à tous ce type de pratiques pédagogiques.
Suite au prochain épisode !