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À partir de ce qu’ils captent, les enfants reconstruisent l’histoire des sexes et de l’amour.

La scène se déroule lors d’un repas, dans une institution thérapeutique [1]. Une éducatrice demande : « D’où viennent les enfants ? » Xavier, sûr de lui, répond : « D’une petite graine ! » Bernard rétorque : « Ça va pas non ! On n’est pas un arbre quand même ! Il faut être amoureux, il faut pas être pédé. Pédé, c’est quand on est amoureux d’un garçon. »

Alain, lui, cherche tout seul et se fabrique ses réponses : « Par le pet ! Non ! Par le nombril, oui, par le ventre… Il y a surement une porte quelque part. »

Prince fourré

Il y a deux ans, le Prince Philippe et la Princesse Mathilde étaient à la une de l’actualité. Toujours à table, un éducateur demande aux enfants s’ils connaissent nos deux princes…

Xavier : « C’est dans la Belle au bois dormant. Ils s’embrassent sur la bouche, ils se prisonnent comme des prisonniers. C’est Maléfique la sorcière. »

Caroline : « Le Prince Philippe l’embrasse, il boit du café et prend du cacao. Ils vont dans le lit et hop ! Ils s’endorment. »

Bernard : « Mathilde et le Prince Philippe, ils sont dans la Belle au bois dormant. Ils s’embrassent sur la bouche et sur la langue dans la bouche. Après la sorcière est morte avec le dragon. Avec l’épée magique, elle a sa tête cassée. »

Oscar : « Le Prince Philippe et Mathilde, ils font une bataille avec des épées, un couteau dangereux et des fusils. Ils sont méchants. »

Il y a peu de temps, les enfants nous ont beaucoup parlé d’une émission à la télé qui a pour titre, Star Academy.

Bernard s’adressant à Xavier : « Est-ce que tu es amoureux de Jean-Pascal ? »

Xavier : « Non, t’es fou parce que c’est un homme. »

Bernard : « Ah ! Je croyais que c’était une fille, Jean-Pascal. »

Xavier : « C’est un mec, c’est pas une nana, c’est un beau mec. » Bernard : « Pour moi, c’est une fille parce qu’une fois il avait des chaussettes dans son soutien-gorge. »

Xavier : « Un jour, il s’est transformé en fille, mais en fait c’est un garçon. »

Sabine : « Qu’est-ce qu’il fait de son zizi quand il fait la fille ? Il le met en arrière ? »

Xavier : « On parle pas de ça. C’est dégueulasse, le zizi, on parle pas de ça. »

Bernard : « Surtout aux filles. »

Xavier : « C’est moi qui dit que c’est dégueulasse. On va dire ’boudin’ ou alors ’saucisse’. »

Bernard : « Ben, oui ! »

Xavier : « Parfois oui, parfois, non ! Céline a pas de boudin, elle n’a que des vaches. Tous les hommes ont un boudin ou une saucisse Zwan. Moi, j’aime bien les saucisses Zwan. »

Éric : « Moi, j’aime bien les saucisses cuites à la poêle ! Comment on va dire pour la kikine des filles ? ’Purée’, ’purée de vierge’. Non ! Les filles elles ont un gâteau avec une petite cerise avec autour des petites fraises. »

Boudin compote

Trois séquences, trois moments pour indiquer que les enfants demandent à leur façon des réponses aux adultes sur les questions sexuelles. À partir de là, ils en font chacun leur petite cuisine. Le premier ne croit pas à l’histoire de la petite graine mais bien à la nécessité de l’amour, le deuxième échafaude une bataille entre le Prince et la Princesse pour rendre compte du rapport amoureux, le troisième superpose des signifiants de l’oralité à ceux du sexe.

Cigogne Pokemon

Autrement dit, quelles que soient les réponses que l’on donne, les enfants les réinterprètent à leur façon. Cela ne signifie pas qu’il faut leur raconter n’importe quoi. Mais que ce qui importe se situe au-delà de ce qui est raconté. Le rapport que les enfants entretiendront avec les affaires sexuelles dépendra pour une part de la façon dont nous, les adultes, répondrons à leurs questions.

Mais comment leur répondre ? Existe-t-il une bonne façon ? Y a-t-il une bonne réponse aux affaires du sexe ? Les histoires de Pokemons sont-elles, pour les enfants, plus satisfaisantes que les histoires de cigognes et les contes de fées ? Rien n’est moins sûr.

À leurs questions, il s’agit d’abord de répondre présent. Ensuite, il nous revient d’être attentifs à leurs difficultés, à leurs impasses et à ce qu’ils veulent nous dire sans arriver parfois à le dire clairement. Nous risquons alors d’être surpris par les constructions originales que les enfants élaborent pour rendre compte d’une question qui touche au réel.

notes:

[1Il s’agit de l’Antenne 110, centre de rééducation conventionné avec le service des soins de santé de l’Inami.