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« Maman, papa, j’ai reçu mon bulletin... On s’y attendait un peu, mais c’est un échec ». « Ça veut dire que tu doubles, que tu vas recommencer ta première secondaire ? » « Pas vraiment... »

Il faut savoir qu’un élève ne double plus une première secondaire, en cas d’échec à la fin de l’année. Il s’oriente vers une année supplémentaire, une 1S.

Mais avec quels objectifs ? L’idée de base est, selon moi, séduisante et prometteuse : viser une réussite du premier degré en deux ans (en rattrapant son retard, donc) pour les élèves ayant connu un simple accident de parcours en première et la réussite en trois ans (en passant par une deuxième commune) pour ceux pour qui les lacunes sont plus profondes. Le problème, comme souvent, c’est que les marges de manœuvre pour mettre une structure allant de pair avec ce projet sont réduites.

La place physique des élèves de 1S, par exemple, n’est précisée nulle part. Chaque école fait selon son envie, sa réflexion et ses moyens : dans certaines écoles, les élèves de 1S sont physiquement dans des classes de première ; dans d’autres, ils sont réunis dans une classe à part ; dans d’autres encore, ils sont placés dans des classes de deuxième.

Réflexions et décisions

Dans mon établissement, voici les résultats de la réflexion qui a été menée [1] : puisque l’essence du décret est, entre autres, de prévoir la possibilité pour certains élèves de réussir leur niveau en deux ans, il n’est pas question de les laisser en première (en les faisant « redoubler ») : cela hypothèquerait toute possibilité de réussir des examens de deuxième à la fin de l’année. De plus, une des observations récurrentes à propos de ces élèves en échec est qu’ils manquent de maturité. En restant physiquement en première, il sera plus difficile pour eux de grandir avec tous ces petits fraichement débarqués de l’école primaire que s’ils partagent leurs temps de classe avec des enfants de leur âge.

Deuxièmement, il nous semblait important que les élèves de 1S bénéficient d’une plus grande attention et d’une plus grande différenciation : des classes réduites (12-15 élèves) seraient donc l’idéal. Malheureusement, cela était impossible dans notre école qui ne disposait pas d’assez d’heures de NTPP pour s’en sortir. Parallèlement à cela, nous avions la volonté de ne pas laisser les élèves de 1S entre eux uniquement, afin d’éviter des phénomènes de rejet (par les autres classes) qui compliqueraient par exemple la remontée de l’estime qu’ont d’eux-mêmes ces élèves.

Voici finalement la solution adoptée : les élèves de 1S sont placés physiquement dans une classe de deuxième commune. Ils suivent une partie des cours (de deuxième) avec leur classe (dans des groupes de 25) mais profitent d’un cours de mathématique et d’un cours de français adapté et en petits groupes. Cette année, 31 élèves de 1S passent, par semaine, 18 heures mélangés à des élèves de deuxième (dans différentes classes) et 14 heures pendant lesquelles, répartis en deux classes, ils suivent des cours de mathématiques (7h/semaine), de français (5h/semaine) et de méthodologie (2h/semaine).

Un appel a été lancé dans le courant du mois de mai dernier afin de trouver des professeurs volontaires et motivés pour donner ces cours. C’est ainsi que j’ai obtenu de pouvoir donner un des deux cours de mathématique destinés aux élèves de 1S.

Voici un aperçu des questionnements, pistes, réflexions, idées, découragements et autres qui nous ont habités, ma collègue et moi, durant ces deux mois d’été et ces premières semaines de cours.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même

Tout d’abord, nous avons constaté qu’il serait difficile d’utiliser un livre avec ces élèves, d’une part, parce que de tels ouvrages couvrant l’ensemble du premier cycle secondaire sont encore assez rares et, d’autre part, parce que cela aurait demandé, pour nous comme pour les élèves, de s’immerger dans un nouveau livre totalement différent. De plus, disons-le franchement, l’idée de pouvoir créer un cours à partir d’idées glanées ça et là semblait très alléchante. Une partie des vacances d’été fut donc consacrée à l’élaboration d’un cours qui répondrait le mieux aux besoins des élèves de 1S. Mais quels sont ces besoins ?

Nous avions tout d’abord à cœur de respecter un des principes de notre école : il faut tout faire pour que chaque élève qui passe une année chez nous puisse progresser et apprendre, quel que soit son niveau de base et quel que soit le verdict final de son année. Une année en échec peut malgré tout être une année réussie. Ce message est et doit encore être répété aux élèves : la réussite (au sens large) d’une année scolaire ne dépend pas uniquement (pas du tout ?) du pourcentage final inscrit en bas à droite de leur bulletin de juin. Jamais un être humain ne pourra être ramené à un score qui définirait un de ses aspects.

Ensuite, nous avions remarqué (dès la première) qu’un certain nombre de ces élèves avaient davantage un problème d’ordre et de gout d’apprendre qu’un réel problème de capacité (nous y reviendrons plus loin). Tout en étant conscient de notre place de professeur ainsi que de notre formation (nous ne sommes pas des psychologues, par exemple), il nous fallait essayer de redonner un certain plaisir d’apprendre et de comprendre.

Cela a débouché sur les principes suivants : il nous semblait essentiel, en 7h/semaine, de ne pas faire plus de la même chose. Si ces élèves étaient en échec en première, c’est qu’ils ne s’étaient pas intégrés suffisamment dans le processus d’apprentissage et de restitution des acquis proposé. Croire que leur bourrer le crâne deux heures de plus par semaine allait donner quelque chose de bon nous semblait illusoire. Nous nous sommes donc forcés, lors de la préparation du cours, à inclure tout un tas d’activités ludiques, de groupes, sur ordinateurs, sportives, etc. afin de briser certains clichés et d’emmener les élèves vers des terrains inconnus ou l’apprentissage se fait parfois beaucoup plus facilement. Notre cours couvre des rappels de primaire et de première ainsi qu’un maximum de matière de deuxième : nous sommes conscients que certains chapitres, moins importants pour la suite, peuvent être délaissés afin de se concentrer sur la matière indispensable pour les prochaines années. Nous avons également mis en place des fiches-outils et suffisamment d’exercices de niveaux différents pour que chaque élève, selon son rythme, puisse avancer.

Il est l’heure de se lancer

Nourris de toute cette réflexion et ayant préparé un cours jusqu’à Noël au minimum, c’est confiants mais un peu stressés que nous avons rencontré nos élèves pour la première fois. Jusqu’à présent, le travail se passe bien : des groupes de quinze personnes permettent vraiment de faire avancer les élèves à des rythmes différents et une certaine confiance s’est installée lorsque nous leur avons fait passer le message que nous étions là, ensemble, pour progresser. Malgré tout, les lacunes sont énormes chez certains et le professeur doit dépenser beaucoup d’énergie pour que ses élèves ne gaspillent pas la leur en inattentions diverses.

Une certitude m’anime depuis longtemps, certitude renforcée par mon passage à l’école normale et mes deux années de pratique : il n’existe aucun être humain sur la terre qui n’ait pas la capacité de porter une analyse mathématique sur une situation. Il n’existe pas de gène de la mathématique dont certains sont malheureusement dépourvus. Démentez systématiquement les propos de tout élève se disant « naturellement faible en maths », « pas fait pour les maths », « nul en maths » (ou en autre chose, d’ailleurs).

notes:

[1Je n’étais pas encore présent dans l’école à ce moment. D’avance pardon donc si certains éléments sont omis, simplifiés ou même erronés.