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Le chef-d’œuvre, c’est un couronnement, oui, mais le plus important réside dans le long cheminement de toute une scolarité, marquée par la prise d’initiative et l’autonomisation progressives.

Dans notre école, les classes maternelles sont verticales, elles sont composées d’enfants de première, de deuxième et de troisième années. Les enfants y sont régulièrement mis en situation d’observation, d’expérimentation, d’élaboration de traces, de communication. En voici deux exemples.

Une fois par semaine, un enfant apporte la collation pour tous. Cette semaine, un panier de fruits, les fruits sont différenciés, nommés, comptés. Les enfants dessinent les fruits sur un panneau calendrier, chaque fruit est représenté, ils sont regroupés en paquets pour aisément visualiser le nombre. Les nombres sont indiqués en regard, 5 bananes, 5 bananes, 5 mandarines, 5 mandarines, 7 poires. Les plus grands notent individuellement l’information dans leur cahier, ils ajoutent 5+510. Après la collation, comme il reste des fruits, certains entament un travail sur la différence.

Trois bougies chauffe-plats allumées, trois bocaux identiques posés sur les bougies. Les enfants observent l’extinction des flammes, formulent des hypothèses, recommencent l’expérience avec des bocaux différents. La flamme « tient » plus ou moins longtemps, ils ajustent leurs hypothèses, dessinent les expériences. Les traces serviront à raconter, à se souvenir, à expliquer.

Premier cycle

Les enfants présentent une conférence. L’accent est mis sur la présentation (le panneau), l’expression (intonation et élocution) (durée : de 5 à 10 min). La recherche est faite avec un adulte et en grande partie à la maison, la plupart des enfants sont non-lecteurs. Une information est transmise aux parents concernant le planning et les consignes de travail. L’enfant choisit son sujet en classe, il se pose quelques questions à son propos. Les questions sont notées par l’animatrice. Elles seront reprises sur le panneau de présentation. La présentation sera évaluée par chaque auditeur selon une grille, les critères sont la durée, l’élocution (clarté de la voix, vitesse), l’explication du vocabulaire, l’utilisation du panneau. Le conférencier auto-évalue son travail à l’aide de la même grille.

Deuxième cycle

Dès la 3e primaire, les enfants alterneront les « petites » recherches individuelles avec les travaux en équipes. L’ensemble des travaux de la 3e à la 5e les conduira à la maitrise nécessaire pour la réalisation autonome d’un chef-d’œuvre. Les enfants doivent se confronter à plusieurs sources. Un ensemble de compétences sont exercées en classe. Par exemple, la lecture de différentes cartes et le décodage des légendes. En 5e, les enfants, par équipes de deux, réalisent des cartes en relief à partir de cartes de l’IGN au 1/25 000. Chaque équipe dispose d’une carte topographique d’une différente région de la Belgique. Les seuls points communs : la légende et l’objectif. En commun, les enfants échangent leurs observations, leurs questions, les différences d’équidistance. Ensemble, ils cherchent la taille de la portion de territoire qu’ils vont reproduire en fonction de l’échelle et des matériaux dont ils disposent. Ils choisissent de représenter un Km2. Chaque équipe recherche l’épaisseur des couches qui convient (elle est dépendante de l’équidistance). Chaque courbe de niveau est reproduite à la nouvelle échelle, reportée sur le matériau retenu qui est ensuite découpé. Toutes les couches sont superposées et collées. La carte est ensuite marquée avec les couleurs, les signes de la légende et une rose des vents.

Une série de panneaux est réalisée pour expliquer les étapes du travail aux enfants des autres classes. Deux enfants différents pour chaque groupe de visiteurs sont chargés d’exposer le cheminement du travail. Panneaux et cartes sont ensuite exposés pendant deux semaines pour les parents qui viendront voir les réalisations.

D’autres compétences sont exercées :

  • La situation de dates, d’évènements sur une ligne du temps donnée et construite, sur des cartes. La recherche des modes de vie à diverses époques, par exemple : les enfants recherchent les modes de communication, les rites mortuaires, l’habillement, l’habitat à plusieurs époques dans une même région du globe. Les périodes sont données par l’animateur. Cette recherche s’effectue par groupe de trois. Chaque groupe travaille sur une région différente. Tous les continents sont ainsi observés. Les enfants réalisent des costumes, des maquettes, des illustrations, des cartes, des lignes du temps. Les travaux sont communiqués. Les enfants constatent que l’évolution est différente selon les régions.
  • La lecture de documents non écrits.
  • Le traitement de données numériques pour des comparaisons, des présentations, des visualisations (graphiques en colonnes, à secteurs, linéaires,…).
  • Des jeux de langue.
  • L’élaboration d’outils mnémotechniques pour la présentation.
  • Comment dégager l’essentiel des informations contenues dans un texte ?
  • Comment fonctionnent les machines simples (leviers, sous-marins,…) ?

Les enfants expérimentent ces pratiques individuellement ou en petites équipes de 2, 3 ou 4. Des mises en commun ou des approches collectives sont également prévues. Nous clarifions pour et avec chaque enfant ce qui lui convient le mieux pour une présentation aisée et dynamique : un texte suivi ou un ensemble organisé de notes. Les panneaux sont élaborés en classe. Ils servent à clarifier, supporter le propos. Les critères de sélection d’un document sont abordés. Les enfants réalisent des objets manufacturés en rapport avec leur sujet (un par recherche), ils sont tantôt une approche esthétique du sujet, tantôt une illustration technique ou scientifique. Les enfants doivent prévoir une bibliographie, citer leurs sources ainsi qu’un lexique des mots qui ont posé problème. Selon les travaux et l’âge des enfants, l’accent est mis sur une approche plus géographique, plus historique, scientifique, sociale, mathématique,… Tous ces travaux sont présentés aux autres et évalués par les auditeurs. Les auteurs s’auto-évaluent.

En 6e : le chef-d’œuvre

C’est le travail de fin d’études primaires, il remplace les examens. Les enfants travaillent principalement en classe, ils ont deux trimestres pour préparer leur recherche, le troisième trimestre est le temps des dernières mises au point et des présentations. Ils ont un parrain ou une marraine qui les aide à respecter les demandes et le planning. Toutes les compétences travaillées précédemment sont cette fois rassemblées. En septembre, les sujets sont proposés par les enfants, négociés avec l’animateur [1].

Le travail comprend : un texte informatif organisé selon un plan (celui-ci trouvera sa place dans la BCD de l’école), des notes, un résumé, un objet, une approche géographique, une approche historique incluant le politique et le social, une approche scientifique et technique, des présentations mathématiques, une bibliographie (les sources), un lexique des mots qui ont posé problème, des supports de présentation, un texte court en néerlandais, une approche « art et culture », un texte poétique, un avis critique, une affiche.

Les présentations se font devant les autres enfants de la classe, quelques enfants de 5e (en rotation), l’animateur, la direction et un public adulte admis par l’enfant.

Le chef-d’œuvre peut apparaitre comme une exigence démesurée pour des enfants de onze ans, il est l’aboutissement d’un travail cohérent de toute une équipe d’animateurs durant tout le cursus. Les attentes sont à la mesure des enfants. Ce qui sous-tend leur parcours, c’est la progressive appropriation de compétences complémentaires. La capacité de rechercher de l’information de sources diverses, son décodage, l’organisation des données sous forme de texte, de notes, de schémas, de panneaux, de photos, de film, d’enregistrements, d’expériences en vue d’une communication.

Les exemples cités dans ce texte sont des activités qui ont eu lieu. Elles ne sont pas reconduites systématiquement. D’autres activités, selon les vécus des groupes mais avec les mêmes enjeux, sont mises en place. Ce n’est pas tant le sommet qui nous préoccupe mais bien les multiples chemins pour l’atteindre.

notes:

[1Le terme animateurs désigne ici les enseignants.