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Accueil / Publications / Écoutez/réécoutez / Enregistrements 2019 / De nouvelles écoles se réfèrent à la pédagogie Montessori. Qu’en penser ?

C’est une méthode d’enseignement qui est de plus en plus présente. La pédagogie active et plus spécifiquement celle de Montessori. En témoigne le nombre croissant d’écoles qui proposent ce type d’enseignement dans la capitale. Cette rentrée, 2 nouvelles écoles primaires viennent s’ajouter à la petite dizaine qui propose cette pédagogie : « l’Ecole neuve » à Schaerbeek et l’école « Marie Popelin » à Evere. Ces écoles n’adhèrent pas à cette pédagogie à 100% mais elle fera partie de l’enseignement au quotidien. L’occasion de nous y intéresser.

Interview de Jacques Cornet à propos des nouvelles écoles qui se réfèrent à la pédagogie Montessori.

C’est quoi la pédagogie Montessori ?
C’est un enseignement centré sur l’enfant, en opposition avec l’enseignement traditionnel. Dans la pédagogie classique, le professeur apprend à l’élève, il lui transmet son savoir. Ici, dans l’enseignement actif selon Montessori, le professeur est moins présent. Il se contente de stimuler l’enfant qui doit utiliser sa curiosité et s’interroger pour apprendre. Une méthode qui veut aussi que l’élève apprenne à son rythme. L’objectif est d’encourager sa curiosité et sa créativité.

Exemple concret, à Schaerbeek, dans la nouvelle « Ecole neuve » avec l’apprentissage des unités. Plutôt que d’écrire les chiffres au tableau et de tenter de donner une idée de grandeur, les enfants utiliseront des blocs composés de billes. Chaque bille représentera une unité. L’enfant pourra donc estimer ce que représentent 2000 unités comparées à cent unités ou une unité.

Une efficacité contestée
Selon plusieurs études, les pédagogies actives sont en général moins efficaces que la pédagogie classique du professeur qui transmet la matière. Cependant, d’autres études démontrent que l’enfant, une fois libre d’apprendre à son rythme, retient plus longtemps la matière. Les avis sont donc partagés. Mais pour les opposants à cette pédagogie, il y a un autre élément qui pose problème. La méthode Montessori ne prend pas en compte le milieu social d’où vient l’enfant et donc les inégalités présentes au sein d’une même classe. Une opinion que défend Jacques Cornet, ancien professeur aujourd’hui président d’un mouvement qui milite pour l’égalité dans l’enseignement :« On dit que l’enfant apprend naturellement, qu’il est naturellement compétent et qu’il suffit de le laisser développer ses compétences, mais ce n’est pas naturellement qu’on est disposé à cela. Ce sont les conditions sociales dans lesquelles nous vivons qui font que l’on se développe inégalement ». Pour cet ancien professeur, il est essentiel d’encadrer un minimum l’apprentissage des enfants. Il défend les pédagogies actives, à condition que le professeur donne suffisamment de consignes et puisse assister les enfants.

Et les autres pédagogies actives ?
Montessori n’est pas le seul courant de pédagogie active, il en existe d’autres comme ceux de Freinet, Steiner et Decroly. Ici aussi l’efficacité et contestée, mais il n’empêche, ces méthodologies sont de plus en plus courantes. Un succès qui s’explique par une demande croissante des parents, toujours plus nombreux à vouloir inscrire leurs enfants dans ce type d’établissement. Pour Dominique Lafontaine, professeure en sciences de l’éducation à l’université de Liège, cela démontre un certain rejet de l’enseignement traditionnel :« Je crois que cette demande d’ouverture d’école à pédagogie active est une manière de manifester un certain rejet de l’enseignement traditionnel » confie-t-elle « Certains parents rejettent une école où les enfants apprennent de manière passive, ils rejettent un apprentissage par cœur, ils rejettent un enseignement où l’on répète souvent le même type d’exercice. Il y a aussi, sans doute, un rejet d’une école qui a tendance à classer, à trier, à sélectionner et à faire redoubler les enfants plutôt que d’encourager le progrès, de soutenir l’entraide et la coopération entre les enfants en lieu et place de la compétition ». Malgré tout notre professeure estime qu’il n’y a pas de méthode qui soit meilleure qu’une autre et refuse des les comparer entre elles. L’idéal selon elle, serait de combiner les points positifs de chaque pédagogie. Dominique Lafontaine qui précise qu’il y a aussi beaucoup d’autres facteurs qui conditionnent la qualité de l’enseignement comme la formation des professeurs, les mentalités ou encore la durée des journées.

👉 À lire ou relire la position de Philippe Meirieu sur la question.https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/58522