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Comprendre où on se trouve.

La Constitution de la Belgique, comme les Constitutions de tous les États démocratiques mettent en place un système dialectique qui, seul, peut fonder une véritable démocratie, à la fois substantielle (les valeurs universelles) et formelle (les procédures de débat), l’un contredisant et justifiant l’autre à la fois. Affirmer de manière centralisée des valeurs universelles, c’est d’une certaine manière couper court au débat ! Et promouvoir le débat permanent, c’est d’une certaine manière admettre qu’on ne peut affirmer de manière définitive des valeurs universelles ! Et pourtant, en démocratie, ce sont bien les valeurs qui justifient le débat permanent et le débat qui justifie l’affirmation des valeurs.

Les valeurs démocratiques (ou démocratie substantielle)

Les valeurs que proclame la démocratie : égalité et liberté (qui résument toutes les autres, voir la Déclaration universelle des Droits de l’Homme) sont contradictoires. L’une se restaure toujours au détriment de l’autre. Égalité et liberté sont contradictoires. En effet, la recherche de plus d’égalité (règles d’embauche et de licenciement, baux locatifs, partage du temps de travail, protection sociale étendue, enseignement obligatoire, interdiction du minerval dans l’enseignement obligatoire,...) ne peut se faire que par des restrictions de liberté. De même, la recherche de plus de liberté (flexibilité dans les entreprises, libéralisation de la proportion de cacao dans le chocolat, droit d’assumer plusieurs mandats ou charges ou emplois de son choix, programme de cours entièrement à la carte dans le secondaire, cours particuliers et supplémentaires en soirée dans les écoles,...) ne peut se faire sans renoncer à des parts d’égalité. À droite, on veut plus de liberté quitte à perdre de l’égalité et à gauche, on veut plus d’égalité quitte à perdre de la liberté, mais à droite et à gauche, on est d’accord sur un minimum commun et d’accord de débattre pour en redéfinir continuellement l’équilibre.

L’équilibre est donc toujours à rechercher : la démocratie est inachevée. Et c’est uniquement parce qu’elle est par essence inachevée qu’elle n’est pas totalitaire. La démocratie est ce système impossible qui prétend réconcilier l’égalité et la liberté de manière efficace. Elle est donc condamnée à toujours poursuivre sa recherche d’équilibre entre des principes contradictoires, et à le rechercher par le débat entre ceux qui veulent plus de liberté et ceux qui veulent plus d’égalité. L’affirmation des valeurs universelles justifie le débat permanent.

Les procédures démocratiques (ou démocratie formelle)

La démocratie est donc le meilleur des systèmes politiques parce que son achèvement est impossible. Elle exige coopération et contestation. Les procédures de décisions qu’elle met en place n’ont d’autre but que de rendre le débat possible, de reconnaitre la divergence des points de vue et la nécessaire recherche du compromis provisoire. La négociation est toujours à recommencer : la démocratie est inachevée et le débat permanent.

L’arrêt Bosman qui accorde pleine liberté à un travailleur professionnel, s’il n’est pas corrigé par une législation complémentaire, a de terribles effets de renforcement des inégalités entre clubs et entre sportifs. Cet arrêt a pris en compte le point de vue légitime d’un sportif professionnel. Mais la démocratie reconnait la divergence des points de vue, et, dans ce cas, les points de vue des clubs, des petits et des gros clubs, des sportifs amateurs, des supporters, etc. Le débat continue donc et la législation sera modifiée en tentant de tenir compte des points de vue contradictoires.

C’est parce que cet équilibre égalité / liberté est éternellement à rechercher, que le débat n’est jamais fini, parce que les valeurs universelles sont inaccessibles, que le débat reste permanent. Mais c’est aussi parce que le débat est permanent, parce que les points de vue divergents s’affrontent continuellement qu’il est indispensable de replacer ce débat dans le seul cadre qui peut le justifier : la recherche de réalisation de valeurs reconnues définitivement comme universelles. Le débat justifie l’affirmation des valeurs universelles.

Le débat sera donc organisé selon des procédures strictes à tous les niveaux de vie en société. Le système de concertation est généralisé, depuis les débats au Parlement jusqu’aux Conseils de Participation dans les écoles et les Conseils d’Entreprises dans les entreprises, en passant par les Conseils Communaux ou les Cours et Tribunaux, etc. Il y a toujours et partout affirmation des valeurs universelles ET débat.

Extrême gauche et ultralibéralisme

L’extrême gauche et l’ultralibéralisme peuvent être considérés comme deux dérives identiques (mais contraires !) de la démocratie. Ils sont tous deux un système politique qui accepte de tout sacrifier à une valeur suprême, l’égalité pour l’extrême gauche et la liberté pour les ultra-libéraux.

L’extrême gauche va donc confier à un État fort tous les moyens nécessaires pour réaliser l’égalité entre tous les citoyens, quitte à supprimer de nombreuses libertés. Ainsi le médecin est-allemand qui aurait voulu passer à l’Ouest pour gagner beaucoup plus d’argent était privé de cette liberté au nom de l’égalité. Au nom d’une égalité qui le maintenait pour un salaire identique aux autres au service de ses concitoyens.

L’ultralibéralisme, au contraire, va limiter l’État au minimum et va supprimer toutes les réglementations qui pourraient brider la moindre liberté, quitte à entrainer de terribles inégalités. Ainsi, les fabricants de chocolat ont obtenu de pouvoir fabriquer leur chocolat avec des graisses végétales autres que le cacao, au nom de la liberté : liberté des fabricants de fabriquer comme ils le veulent et liberté des consommateurs de préférer le chocolat à base de cacao s’ils le veulent. Et tant pis pour l’égalité, pour les ressources des pays du sud comme le Ghana dont l’économie dépend fortement de l’exportation du cacao.

Extrême droite

L’extrême droite est le système politique qui est l’exact contraire de la démocratie. Aux valeurs démocratiques, elle oppose des valeurs contradictoires et aux procédures démocratiques de débat, elle oppose l’autorité absolue qui interdit le débat. À l’égalité entre les hommes, elle oppose la reconnaissance définitive d’une inégalité naturelle entre les individus et entre les peuples. À la liberté, elle oppose la force et l’autorité, le pouvoir du fort sur le faible, de la communauté sur les individus. À la fraternité entre tous les hommes sans exclusion aucune, elle oppose la communauté de sang, de langue, de nation ou de religion.

Elle ne reconnait pas d’intérêts contradictoires et impose à tous des intérêts communs. Il n’y a donc pas lieu de débattre puisque à la fois une morale naturelle et l’autorité des chefs définissent l’unique voie à suivre. Un État autoritaire imposera donc à tous un même mode de vie considéré comme le meilleur pour chacun.