Recherche

Commandes & Abonnements

Depuis quelques mois, nous assistons à une arrivée massive de bulletins dans les classes maternelles... Pas facile de résister à cette spirale normative...

Veut-on cultiver le stress dès le plus jeune âge au risque de faire perdre confiance à l’enfant scolaire [1] ? Ou réagir en tentant d’accompagner les enfants dans leur développement, en les écoutant, en essayant de les comprendre, de les aider mais surtout en dépassant le simple contrôle des connaissances ?
En maternelle, si on part du principe que l’évaluation a une valeur diagnostique, cela permet alors de cerner les acquis et les problèmes de chacun des élèves. Observer un enfant pendant qu’il joue avec ses pairs, qu’il participe à un atelier, qu’il gère ses conflits, où encore rame face à situation qui lui pose problème, offre bien des occasions de récolter des informations sur son parcours. À la condition d’avoir au préalable défini l’objet sur lequel repose cette évaluation !
Selon Jannique Koeks [2], il faut distinguer :
- la prise d’information en cours d’apprentissage qui va permettre de faire le point sur l’état des connaissances et des conceptions des élèves et donc de réguler le processus d’enseignement ;
- le bilan des acquisitions au terme d’une période d’apprentissage qui doit conduire à mettre en place des dispositions d’aide personnalisée.

Formative pour les uns et l’autre

L’enseignant crée des situations à partir du quotidien des enfants et de ses propres objectifs. L’élève se met en recherche puisant dans ce qu’il connait déjà ou ce qu’il sait déjà faire, mais aussi grâce aux savoirs des autres. Il avance en tâtonnant, l’erreur est permise et incontournable comme moyen d’apprentissage.
Dans ce cadre, il s’agit de créer des conditions de résolution individuelle et collective afin d’aider les enfants à apprendre. Donc de les informer des étapes d’une évaluation formative :
- annoncer l’objectif visé par l’apprentissage et les critères d’évaluation ;
- collecter les informations et en garder des traces utiles ;
- analyser et interpréter des infos pour en relever les forces et les erreurs.
L’enfant est informé sur sa progression dans l’apprentissage : il est capable d’apprécier son travail et de verbaliser ses progrès et ses faiblesses.
Chacun sait que l’enfant évolue constamment et attend d’être reconnu positivement pour pouvoir oser se lancer dans l’aventure de l’apprentissage. Cependant, les enfants ne progressent pas de la même manière, ni par les mêmes voies, ni au même moment ! Nous entrons donc dans une dynamique où les enfants et l’enseignant vont discuter, négocier et se rappeler le but poursuivi. Instaurer un climat sécurisant favorise la réussite de tous, un dialogue identique que les réponses soient justes ou erronées, laisser l’erreur se dérouler pour lui donner du sens.
L’évaluation devrait aussi permettre à l’enseignant de faire le point sur ses pratiques. Est-ce que je fais reformuler les consignes ; est-ce que je prends en compte ce que l’enfant sait déjà ; l’enfant est-il vraiment acteur de l’apprentissage ; la situation a-t-elle du sens ; est-ce que je construis des grilles d’observation ; est-ce que j’incite les enfants à verbaliser leurs démarches ; est-ce que l’erreur dans ma classe fait bien partie du processus d’apprentissage ?

Gratuite et constructiviste

À l’école maternelle, on apprend avant tout et surtout en jouant, en inventant et en rêvant. L’apprentissage est coopératif, il permet à tous les enfants d’apprendre des autres et d’acquérir une confiance en cette capacité. « Ma madame, elle a un regard décidé qui me pousse à apprendre. Son métier, c’est éveiller tout ce qu’on a en nous, les copains et moi. Avec elle, je me sens tiré vers le haut, j’ai terriblement envie de tout découvrir : le monde, les autres et moi-même ! ». [3]
Faire prendre conscience à l’enfant qu’il apprend, que ces apprentissages sont pour son propre bénéfice - non pas parce qu’on lui aurait dit de travailler pour son bien... mais parce qu’il en aura fait la découverte. L’institutrice maternelle s’intéresse à ce qui se passe quand l’enfant construit ses connaissances et pas seulement à l’obtention d’un résultat ou d’une réponse exacte.
Dans notre société le conflit fait peur, on cherche, semble-t-il, par tous les moyens de l’éviter. Pourtant, il est partout. Peut-être faut-il commencer par s’entendre sur ce mot qui est souvent associé à de l’agressivité. Ne faut-il voir que du négatif dans le conflit ?
Dans une approche constructiviste, la notion de conflit cognitif est au cœur de la construction des savoirs. Il s’agit de construire ce qui est déjà connu, d’élaborer de nouvelles significations. Si c’est toujours un sujet qui apprend... il ne peut construire pourtant son savoir que dans les interactions avec les autres, dans la coopération, mais aussi dans la confrontation des différences d’opinions : c’est ce que l’on nomme le « conflit sociocognitif ». _ Abordé de cette manière il sert de levier pour apprendre.
Les enfants s’expriment, opposent des points de vue, se confrontent dans des situations-problèmes. La perturbation et l’interrogation permettront aux enfants de construire un nouvel équilibre, et donc un nouveau système de représentation. L’enseignant va donc organiser un cadre, créer des conditions afin d’aider les enfants à apprendre.

Pour les parents

Les liens tissés entre l’école et la famille peuvent prendre différentes formes :
- Souvenirs des activités réalisées en classe : le cahier de vie, les chants, les calendriers, les messages, les photos, les albums...
- Composer avec les désirs des parents de participer autant individuellement que collectivement à la vie de l’école et des classes. Ouvrir les portes de l’école pendant les activités, installer une banque de ressources... C’est par ce genre d’initiatives que l’on peut rejoindre les intérêts des parents et bénéficier de leurs compétences dans des champs d’activités variés.
- Redécouvrir les soirées d’information aux parents en terme de contenu, par exemple en mettant les parents en activité pour permettre l’approche de méthodes actives.
Les parents n’ont pas besoin de bulletins mais simplement de savoir si leur enfant va bien, s’il intègre bien les apprentissages, s’il est heureux dans sa classe ou dans son école... L’évaluation doit donc servir à l’enseignant et non pas à évaluer les enfants ; ce n’est pas parce que l’on note avec des couleurs que cela change quelque chose, l’évaluation est bien là qu’elle se manifeste avec des chiffres, des lettres ou des couleurs !

notes:

[1Comme l’affirme Jean Epstein, Psychosociologue français qui a fait de nombreuses recherches sur les causes de la violence chez les jeunes.

[2Faire des maths à l’école maternelle, Érasme, 2005.

[3Livret École-familles : des trésors à découvrir. À l’initiative du Ministre de l’enfance chargé de l’Enseignement Fondamental.