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Je suis étudiante en dernière année pour devenir enseignante en Sciences humaines. Mon parcours scolaire a été semé d’épreuves. Et cela a commencé dans une école primaire communale dans un tout petit village.

Le premier pépin que j’ai rencontré dans mes études date de ma deuxième primaire où mon instituteur s’est rendu compte de ma dyslexie. J’avais des difficultés à identifier des mots écrits et des problèmes d’écriture sont survenus.
J’ai donc doublé et, durant toutes mes années fondamentales, je me suis rendue tous les mercredis chez la logopède. De toutes ses années, je garde un bon souvenir, car j’ai vraiment été prise en charge par chaque instituteur, la logopède ainsi que par mes camarades de classe qui étaient très compréhensifs.
En secondaire, j’ai commencé dans la même classe que ma meilleure amie. Elle n’avait jamais de problèmes et m’aidait tout le temps en me réexpliquant ou en me corrigeant. Malheureusement, elle n’a plus pu m’aider en troisième, particulièrement en mathématique, matière où j’étais nulle car je passais des heures à étudier la théorie et je réalisais des centaines de fois les mêmes calculs sans que mes points augmentent. En plus, je trouvais la professeure chiante : elle ne me réexpliquait presque jamais la matière alors que j’en avais besoin, elle devait voir tout le programme… Et puis, elle ne souriait pas souvent.
Ainsi, en conseil de classe, les professeurs, en observant mes points, ont trouvé préférable, malgré ma moyenne de 60 %, de m’orienter en technique. D’après eux, j’aurais eu trop de difficultés en mathématique l’année suivante. Mes parents, quant à eux, ont suivi l’avis de mes professeurs et non le mien. Je suppose qu’ils avaient « mal » pour moi car je travaillais des heures sans résultat apparent.
Je viens donc de l’enseignement technique de qualification. Et je suis sortie de mes études secondaires avec un diplôme d’éducatrice A2.

Le choix du supérieur
À la fin de ma 6e secondaire, le choix de continuer dans l’enseignement supérieur n’a pas été chose facile. Je me rendais compte qu’être dans une haute école ou à l’université demandait beaucoup plus de compétences. Peu de personnes de ma classe continuaient leurs études : elles voulaient rentrer dans le monde du travail. Moi, je ne me sentais pas encore « mure » pour travailler.
Alors, j’ai décidé de me lancer dans un régendat en sciences humaines. Dans l’école que j’ai choisie, la pédagogie active est mise en place pour cette section. J’ai tout de suite compris que c’était une chance pour moi car nous devons être acteurs de notre formation mais, en fin d’année, il faut avoir atteint un certain niveau.
En fin de première année, j’ai constaté que j’avais beaucoup trop de lacunes dans les matières et que je ne travaillais pas de la bonne manière : je mémorisais les savoirs dans l’ensemble des cours sans les comprendre et j’avais des difficultés en orthographe. Je suis arrivée dans cette option en n’ayant presque pas eu de cours d’histoire, de géographie et encore moins de sociologie, c’est-à-dire dire presque sans aucun acquis préalable.
Quand j’ai pris la décision de faire des études, je me suis dit qu’à aucun moment, je ne pouvais me reposer sur mes acquis. Et, pour démarrer mes études sur un bon pied, il a fallu me mettre au même niveau que les autres élèves qui sortent du général de transition. J’ai dû reconnaitre que je n’y connaissais rien et l’accepter.
Ce n’est qu’en fin d’année que j’ai compris que le savoir en lui-même n’était pas une priorité mais le processus, les compétences que développent les individus. Donc, la seule solution pour me remettre à niveau a été de doubler ma première année en régendat sciences humaines.
À partir de ce moment, où j’ai compris la situation dans laquelle je me trouvais, j’ai pu commencer systématiquement à exprimer mes difficultés à mes amis et à mes professeurs. Le cadre institutionnel [1]
m’a beaucoup aidée avec ces temps d’écoute le midi, de collaboration en projet, de méthodes de travail adaptées, de suivi hebdomadaire, notamment. En effet, ces moments permettent la mise en place d’échanges aussi bien entre étudiants qu’entre étudiants et professeurs.
Maintenant, je suis en troisième et j’ai enfin compris ce que demande l’école. Je pense que je peux être fière de mon parcours car j’ai su comprendre l’école. Le cadre institutionnel m’a aidée et, en même temps, j’ai su adopter une stratégie qui me donne un rapport positif à l’école.

Les raisons de mes fiertés
Premièrement, dans ma famille, personne n’a fait d’études supérieures. Mon père est un ouvrier qui, au fil des années, a acquis une sérieuse expérience dans son métier. Il s’implique beaucoup dans son travail. Et j’en ai tiré un enseignement.
De plus, en voyant mon père faire les pauses (6h-14h une semaine, 14h-22h la semaine suivante, 22h-6h la troisième semaine), j’ai compris que cette vie était très dure, mal payée, peu valorisante si on ne s’y investissait pas. Je me suis dit alors que je chercherais « mieux ».
Ma mère est sortie avec un diplôme de couturière. Elle s’est beaucoup occupée de nous lorsque nous étions petites, mes sœurs et moi.
Mes parents m’ont toujours poussée à continuer mes études et à m’appliquer dans celles-ci. Ils ont toujours tout fait pour que je réussisse, même s’ils en doutaient dans les moments les plus durs. Par exemple, en primaire, lorsqu’on a découvert ma dyslexie, le PMS voulait me placer dans une école spécialisée. Mes parents ont toujours refusé car ils n’en voyaient pas l’utilité.
Deuxièmement, je dois aussi dire que je suis persévérante et positive ; je ne lâche pas facilement, je mets tout en œuvre pour mieux comprendre, mieux réussir dans les matières les plus dures. Je cherche toujours à comprendre mes fautes, même si j’en ai quelquefois honte. Parce que certaines de mes fautes sont dues à des lacunes que je n’arrive pas encore à dépasser. J’essaye de m’améliorer dans beaucoup de domaines, mais évidemment cela prend beaucoup de temps. Je souhaite vraiment sortir de cette situation, ce qui me prouvera que je suis capable d’accomplir pas mal de choses.
Je pense tirer ces attitudes de mes parents. Dans ma famille, nous avons eu beaucoup de problèmes financiers, de conflits avec des tiers. Mais, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu mes parents découragés. Ils ont toujours affronté les problèmes de face, même si ça leur a fait du mal. Je pense qu’ils tirent leur « force » du lien qu’ils ont entre eux. Ils se sont toujours soutenus.
Je pense aussi qu’ils n’ont jamais hésité à demander de l’aide à des organisations (CPAS, médiateur de dettes, logopède…) même s’ils n’ont jamais fait cette démarche avec plaisir mais pour le bien de la famille.
Je suis fière de mon parcours car, malgré un début difficile, je vais bientôt terminer, du moins je l’espère, mes études qui me permettront d’exercer un métier, une vocation. J’aime l’idée d’enseigner car ça me permettra d’aider, dans la mesure du possible, des élèves qui ont des difficultés à comprendre, à donner du sens à l’école.

notes:

[1Depuis 2004, l’équipe du Régendat sciences humaines de l’école expérimente la pédagogie institutionnelle dans l’enseignement supérieur pédagogique. Le système de formation et son cadre institutionnel est explicité sur le site : www.isell.be/tenterplus.