Recherche

Commandes & Abonnements

Au fil de nos différentes rencontres en terres et terrains néerlandophones, il nous a été présenté des outils permettant aux enseignants d’améliorer les apprentissages et l’approche de la langue, de susciter l’activité des élèves, d’inclure tout ce qui favorise des conceptions interculturelles, l’ouverture au monde, les rapports nord-sud. Même si les collègues francophones ne peuvent les employer comme tels (sauf s’ils sont bons traducteurs), ces outils sont intéressants par leur côté pragmatique et directement utilisable dans les classes. [1]

Le Projet poster

Les concepteurs du matériel et de la formation qui l’accompagne s’appuient entre autres sur les études faites par Jim CUMMINS [2], qui travaille sur les Bics et les Calp [3]. Ils se sont ainsi penchés sur la langue à deux niveaux :
- les habiletés de base dans la communication interpersonnelle ou le langage du quotidien plutôt oral et concret, qui permettent une maitrise d’environ 6 000 mots ;
- les compétences langagières d’ordre cognitivo-académique, qui font appel aux habiletés généralement développées dans la scolarité et intimement liées au fonctionnement de la langue écrite, qui exigent la maitrise de 17 000 mots.
Forts de ces connaissances, les concepteurs du Projet poster ont interrogé des enseignants dans une dizaine d’écoles de Bruxelles et de ses environs, afin de définir la spécificité du « manque en mots » chez les élèves. En effet, il ne suffit pas de dire : « Ils manquent de vocabulaire », il faut aussi pouvoir déterminer de quel type de mots ils ont besoin. Résultat de l’enquête : il s’agissait surtout de ces mots qui ont l’air d’aller de soi dans la langue scolaire, mais ne vont pas de soi du tout pour les élèves. Les mots relevés en néerlandais étaient des mots comme « caractéristiques, compléter, encadrer, affirmation, signifier, par ailleurs… », le genre de mots non appris dans les familles populaires, qu’elles soient néerlandophones ou non, le genre de mots nécessaires à l’apport de certains sens, à l’expression et la compréhension de liens logiques. Les concepteurs du Projet Poster ont compris l’urgence de travailler l’apprentissage de ces mots, de façon systématique.
À partir de l’enquête auprès des enseignants, trois-cents mots ont été retenus. Ils ont été transcris sur trente posters de dix mots chacun, avec explications et exemples d’emploi. [4] Des fascicules pour chaque poster sont fournis aux enseignants qui y trouvent toutes sortes d’activités possibles autour de ces mots. Les posters sont affichés en classe et c’est l’ensemble des enseignants qui y font référence régulièrement.
Lors des moments de formation, on s’interroge sur les avantages et les pièges de l’utilisation de cet outil. On partage les expériences de ceux qui l’ont utilisé. On voit comment l’intégrer dans l’ensemble des cours.

Les valises aux histoires

Les auteurs des Vertelkoffers [5] partent de l’idée que, pour les enfants de maternelles issus de milieux défavorisés et/ou allochtones, les activités réalisées en classe autour de récits et d’histoires s’arrêtent souvent au seuil de la classe. Avec chaque valise, qui peut être emmenée à la maison, il s’agit d’essayer de relier école et famille, d’impliquer les parents, de continuer à stimuler les enfants avec des récits.
La valise est construite autour d’un thème et d’un livre d’images. Elle comprend ce livre, une cassette audio ou vidéo, des jeux, du matériel de bricolage, l’un ou l’autre objet en lien avec le récit. L’enseignant fait des propositions aux parents quant à son utilisation.
Les parents peuvent très bien démarrer avec les enfants dans leur propre langue et ensuite s’approprier peu à peu, avec eux, du vocabulaire néerlandais. Ils peuvent aussi enrichir la valise de l’un ou l’autre objet qui aurait été évoqué au cours de l’activité avec l’enfant (et on peut imaginer la valeur affective que prennent alors cette valise, son histoire, ses mots). Dans les moments de formation, l’une et l’autre valises sont présentées aux enseignants. Leur contenu est observé, leur exploitation possible est travaillée.

Voyage dans le monde

Dans les programmes et directives du Ministère, il est question de compétences propres à la fois à différentes disciplines scolaires et à l’éducation à l’interculturalité. En plus des outils offerts par le SteunpuntGOK6, les productions de diverses associations sont valorisés dans des lieux officiels comme le Centre bruxellois pour l’enseignement [6].
L’ONG Studio Globo, par exemple, fournit une Lettre de leçon mensuelle pour les enseignants du primaire. Ce sont de petits livrets format A4 présentant, cette année, des activités autour des photos du calendrier 11.11.11. Ces activités sont différentes selon les degrés et concernent, par exemple pour le numéro d’avril, la langue, la géographie, les arts plastiques. À l’occasion de récits imaginés avec les personnages de la photo, les enfants apprennent des mots, des modes de salutation propres à la culture arabe, vu qu’en avril il s’agit d’une photo prise au Yémen. Une photo dite « en miroir » présente un thème identique au Yémen et chez nous (ici l’habitat et les relations dans et autour de la maison). Cette photo est l’occasion de conversations et d’échanges entre les enfants. Le livret contient également le récit d’une enseignante à propos de sa pratique d’« apprentissage du monde ».

Le journal de l’affiche

De Affichekrant, publication de l’association De tijd loopt est un livret, léger comme le précédent, qui comprend du matériel facilement utilisable afin de construire et de jouer, au 1er degré du primaire, un jeu permettant de mieux comprendre l’affiche de la campagne 11.11.11 : Les travailleurs ne sont pas des outils. Une voie intéressante pour exploiter des affiches en classe.

Yeti Extra

Ou Apprenez à mieux connaitre vos élèves… d’une façon à la fois pratique et indirecte proposée aux enseignants de 5e et 6e primaires par la revue Klasse [7].
Les responsables de Klasse éditent aussi Yeti pour les élèves. Ils proposent des pistes d’exploitation aux enseignants dans le Yeti Extra. Non pas en plats didactiques mais en évocations possibles, par petites touches auxquelles être attentifs : une petite touche venue d’un enseignant qui raconte telle anecdote, une autre petite touche en cinq lignes évoquant sous forme de questions des activités possibles en classe sur tel sujet abordé dans Yeti, une autre encore faisant un lien avec la revue Klasse des enseignants.
On y trouve aussi de nombreux liens, avec illustrations et petits mots d’explication, vers des associations et leurs sites, dont les nouveautés sont régulièrement évoquées.

Plus d’un regard sur la langue

L’outil Plus d’un regard sur la langue [8] s’adresse aux jeunes du 3e degré primaire et du 1er degré secondaire et à leurs enseignants. Il prend le plurilinguisme, au sens large, comme point de départ, et en même temps but en soi, pour toutes sortes de travaux, exercices et jeux. Ceux-ci ne portent pas sur l’apprentissage classique d’une langue, avec vocabulaire et grammaire, mais plutôt sur la façon dont fonctionnent différentes langues et comment elles sont employées.
Les auteurs disent avoir fait leur choix en se laissant guider par des réponses à quatre questions :
- Le sujet est-il porteur pour les élèves, autrement dit offre-t-il des contenus qui mènent à bien leur développement linguistique général ?
- Le sujet a-t-il quelque chose à voir avec le milieu de vie des élèves ? Peut-il les intéresser, les titiller ?
- Le sujet offre-t-il des possibilités d’interactions et de coopération, permet-il d’élever à la fois les compétences linguistiques et les compétences sociales ?
- Le sujet permet-il de faire de la pédagogie interculturelle au sens large du terme ?
Deux types d’activités sont proposées dans ces manuels :
- les activités Clim [9] qui demandent un peu plus de temps (au moins deux heures de cours consécutives) et de préparation. Elles se travaillent en alternance petits groupes/grand groupe, avec rôles précis attribués aux élèves (maitre du matériel, responsable des sources, rapporteur, etc.) et exercices préliminaires pour apprendre à travailler en groupes. Ces activités portent sur trois sujets :
- la langue comme productrice de différences, avec référence à l’histoire des langues, aux diverses langues parlées en Belgique…
- la langue des signes et des gestes, avec ouverture au monde des sourds et à leurs modes de communication ;
- la langue des sms, chats et autres cyberdialectes.
Il ne s’agit donc pas uniquement de considérations ethnoculturelles, mais aussi de « socio et regiolectes ».
- des fiches permettant des séquences courtes. Cinq fiches se centrent plutôt sur le plurilinguisme et cinq autres sur la signification pour soi et d’autres d’apprendre le néerlandais. Quelques exemples de sujets travaillés : les langues de la classe, les utilisations/teurs de langues (dont les dialectes, les effets de langues sur les utilisateurs), l’intérêt et les limites du non-verbal, les différences culturelles dans le non-verbal, les signes et symboles anciens et nouveaux (émoticons et autres), l’évolution de la langue depuis l’enfance, les proverbes dans différentes langues.
Les utilisateurs de cet outil disent remarquer les possibilités pour les élèves de développer à la fois des compétences cognitives et de socialisation, en termes d’attitudes nouvelles, d’augmentation de compétences par entrainement à l’observation, à la comparaison, de relations et d’apports mutuels entre enfants aux langues et aux niveaux différents.

ps:

Projet poster
Voici quelques exemples de mots tels que décrits dans les affiches du Projet poster, dont le but est d’expliciter trois cents mots de vocabulaire, repérés comme indispensables à la compréhension des matières scolaires et trop souvent mal connus des élèves.
- Het overzicht = het geheel dat je met één blik kunt zien. « Op de eerste bladzijde staat een goed overzicht van de leerstof. »
- Telkens = dus altijd ; elke keer. « Je maakt telkens dezelfde fout : je vergeet elke keer de komma. »
- Grondig = heel degelijk ; zeer goed en zorgvuldig. « Dit hoofdstuk moet je heel grondig bestuderen. »
- Nagaan = onderzoeken. « We zullen nagaan hoe we het probleem kunnen oplossen. »
- Het onderdeel = een deel van iets. « Er moeten een onderdeel van de auto vervangen worden. »
- Bedoelen = wat je wil zeggen. « Iedereen begreep wat hij met het wegwerpgebaar bedoelde. »

notes:

[1Tous ces outils sont consultables à Onderwijz Centrum Brussel, Rue Marcq 16, 1000 Bruxelles.

[2Linguiste canadien qui a fait des recherches sur les publics primo-arrivants au Canada. Dans la foulée, voir C. HELOT, Du bilinguisme en famille au plurilinguisme à l’école, L’Harmattan, 2007.

[3Basic Interpersonnel Communicative Skills et Cognitive Academic Language Proficiency.

[4Voir Post-Scriptum.

[5Production de l’Onderwijs centrum Brussel ou Centre bruxellois pour l’enseignement.

[6Voir l’article Des offres d’appui variés

[7Voir article Klasse ? Klasse !

[8Meer dans één taal beschouwing, een lessenpakket over talen, meertaligheid en taaldiversiteit, een realisatie van Foyer en Nascholing Brussel, H. DE SMEDT, H. LEON, W. SCHRAUWEN, 2003. La production est conçue en trois parties : le livre du maitre, le livre des élèves, le matériel de jeux.

[9Cooperatief leren in multiculturele groepen ou Apprendre de façon coopérative dans des groupes multiculturels. Les éditions De Sikkel/De Boeck ont publié une série de recueils présentant les activités Clim, créées par le Steunpunt diversiteit en leren de l’Université de Gand.