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Accueil / Publications / TRACeS de ChanGements / Rubriques hors dossiers / Impolitiques / Écoles et A.M.O. : quelles attentes réciproques ?

L’école représente un lieu d’opportunité unique pour tout ce qui s’intéresse aux jeunes et tente de leur faire passer un « message ».

Cette sensibilisation peut venir perturber les apprentissages scolaires qui relèvent normalement des missions de l’enseignant. L’école souhaite et redoute tout à la fois ces intrus qui rendent poreux les murs de l’école et de la classe.
Jusqu’il y a peu, les services d’Aide aux jeunes en Milieu Ouvert (A.M.O.) faisaient partie pour CGé de cette nébuleuse d’associations gravitant autour de l’école et plus spécifiquement des écoles où se retrouvent les élèves victimes de la relégation scolaire.
Nous avons souhaité en savoir plus sur l’origine et la nature des activités menées [1].
Historiquement, le projet des A.M.O. nait dans le contexte d’une déjudiciarisation de la protection de la jeunesse dans les années 70. Le décret de 1991 donnera un cadre à ces services d’aide et axera sa priorité sur la prévention et l’aide au jeune dans son milieu de vie jusqu’à l’âge de dix-huit ans.
On peut supposer que l’expression « milieu ouvert » - à priori peu compréhensible - s’oppose au milieu fermé, résidentiel où les jeunes étaient alors enlevés à leur milieu d’origine en vue d’être « protégés » dans un espace clos. Les A.M.O. offrent en quelque sorte une possibilité pour des jeunes de s’en sortir par eux-mêmes avant d’être soumis à des contraintes judiciaires.
Les activités menées par les A.M.O. sont extrêmement diversifiées : aide individuelle (soutien psychologique), médiation (entre un jeune et sa famille par exemple), action collective (l’organisation d’une sortie en kayaks), organisation d’un projet pédagogique dans une école, orientation scolaire et actions communautaires (activités en partenariat avec des acteurs locaux : maisons de quartier, communes). Car les textes légaux qui régissent les subventions aux A.M.O. leur donnent explicitement une grande liberté pour agir sur l’environnement social du jeune. De plus, les A.M.O. aident les jeunes gratuitement, à leur demande et sans un mandat concernant des individus (comme l’autorité judiciaire pourrait en donner).
On peut s’interroger sur la diversité et la richesse d’actions, mais qui empiètent parfois sur le terrain d’autres acteurs, présents dans l’école, comme les Centres psychomédicaux sociaux, ou hors écoles, comme les écoles de devoirs. Qui fait quoi exactement en matière de services d’aide aux jeunes ?

Les A.M.O. dans le système scolaire

Des éléments structurels et culturels [2] font en sorte que notre système scolaire reproduit et renforce les inégalités sociales de départ en pratiquant un tri très sélectif : les enfants des « riches » iront dans les bonnes écoles, les enfants des couches sociales défavorisées iront dans les « mauvaises » écoles. La tendance est donc à une forte homogénéisation des publics scolaires.
Dès lors, les « messages » adressés par les associations convoitant l’école varieront énormément en fonction de ce classement.
Ainsi, les quatre-vingts A.M.O. travaillant à Bruxelles et en Wallonie sont loin d’être présentes dans toutes les écoles. De plus, elles ont développé et adapté leur projet en fonction des opportunités socioculturelles, politiques, économiques de l’environnement des publics scolaires où elles interviennent. Les activités menées par une A.M.O. à Molenbeek n’auront vraisemblablement rien à voir avec celle d’une A.M.O. située à Dinant.
Nous souhaiterions dégager trois pistes pour l’action. Elles vont dans le sens d’une interpellation poussant à l’action collective des A.M.O., voire dépassant le cadre strict des A.M.O.
La première piste porte sur la communication. Comme d’autres associations qui cherchent à se faire accepter dans l’école, les A.M.O. s’interrogent sur leurs manières de se faire connaitre. Comment entrer dans l’école ? Sans négliger cette communication visant le territoire de l’école, il semblerait opportun de développer parallèlement deux autres axes. Premièrement, mieux faire connaitre le travail des A.M.O. non seulement des écoles, mais aussi du grand public. De l’extérieur, on comprend difficilement « qui fait quoi ». Ensuite, faire connaitre ce que les A.M.O. et les écoles font déjà ensemble. Donner une visibilité aux partenariats engagés : comment ces partenariats ont-ils pu se mettre en place ? Par quelles transactions sociales ces projets sont-ils passés ?
Une deuxième piste consisterait à donner des balises communes à l’ensemble des activités menées par les A.M.O. Les acteurs éducatifs qui se présentent aux portes de l’école ont intérêt à délimiter leurs territoires respectifs et à ne pas laisser de zones floues entre eux. Inversement, l’école doit à son tour affirmer que les apprentissages scolaires sont la mission prioritaire de l’enseignant et son domaine de compétence ; sa spécificité est de mettre au travail autour d’objectifs d’apprentissage définis par un pouvoir public des individus qui au départ n’ont pas grand-chose en commun. Il n’y a donc pas lieu de dissocier les rôles d’éducation, de socialisation et d’apprentissage au sein de la classe. Certes l’école n’est pas seule à poursuivre ces buts, mais ne dépouillons pas l’enseignant de ce qui devrait faire le cœur de son métier. En clair, une A.M.O., une ONG, ... n’a pas à intervenir sur des objectifs d’apprentissage.
Enfin, la troisième piste rejoint les critiques émises par CGé à l’encontre du Contrat stratégique pour l’éducation dans sa première version. La place laissée aux A.M.O. et autres associations dans le Contrat est dérisoire, mais à notre connaissance, cette place n’a pas été revendiquée, comme si les acteurs éducatifs aux frontières de l’école trouvaient cela normal de ne pas être consultés.
Le secteur de l’aide à la jeunesse peut témoigner d’une expérience énorme, concrète et parfois dramatique pour davantage conscientiser les décideurs politiques et le grand public des exclusions et des inégalités à l’œuvre dans notre système scolaire. Dans une société de plus en plus marquée par la dualisation dans laquelle l’école joue un rôle non négligeable, les associations en première ligne devraient unir leurs diagnostics et revendications et mieux les faire entendre.

notes:

[1CGé a contribué à la préparation et aux interventions de la journée de débats du 15 avril 2005, qui avait pour thème « A.M.O. et École : dialoguer et tisser des liens... »

[2CGé s’est déjà exprimé abondamment sur les causes des inégalités scolaires. Voir nos récentes réactions au Contrat stratégique pour l’éducation et au Contrat pour l’école.
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