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Dans ce numéro, vous verrez que le latin et les maths excluent et que le Coran intègre. C’est le monde à l’envers ! Mais allant vers quoi ? Vers des fractures sociales ingérables, entre la solitude du manageur et celle du toxico ?
On y voit aussi que c’est quand même un peu plus compliqué : cela dépend de comment on fait du latin ou des maths et de comment on lit le Coran, et surtout cela dépend des conditions sociales de l’exercice du latin, des maths et du Coran ! Ni le latin, ni les maths, ni le Coran ne sont intrinsèquement ni (in)instructifs, ni (in)élitistes. Tout dépend de qui choisit d’en faire, comment, et surtout avec et sans qui.
Il est vrai que la Juge de la jeunesse qui est interviewée ici reçoit rarement des petits latinistes dans son bureau. Elle et les SAS, SAJ, AMO, et autres SAIE dont on vous parle dans ce dossier, n’ont guère l’occasion de travailler qu’avec l’enseignement spécial et l’enseignement technique et professionnel.
La relégation scolaire est trop souvent conséquence et cause de désaffiliation sociale. Il est utile de le rappeler de temps en temps aux profs de latin et de maths (et à tous les enseignants). La sélection scolaire qui opère de la maternelle à l’université suppose nécessairement la relégation et l’exclusion vers des classes où on apprend peu et vers des services d’insertion qui intègrent mal. Ces classes et ces services ne sont finalement que le signe de l’exclusion de ceux qui, dès trois ans, ont plus besoin de l’école que les autres, et à qui l’école donne moins au nom de l’intérêt collectif.
Car chaque exclusion est bien intentionnée. Elle veut protéger le temps d’apprentissage de ceux qui restent de celui qui part et elle veut protéger celui qui part du temps d’apprentissage que ne lui laissent pas ceux qui restent. La bonne intention et l’inconscience du processus sont au fondement de l’injustice. Le rappeler est nécessaire, mais non suffisant.
Agir devient indispensable.