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En FWB, l’accès aux études supérieures est libre, ouvert à tous, « démocratique » ! Le CESS en poche, tout le monde peut tenter sa chance : « Venez chercher un diplôme pour un bon job. » Le cout des études est relativement modéré comparativement à d’autres pays. Bref, cet enseignement est séduisant et séduit de plus en plus de jeunes.
Pourtant, si l’accès est aisé, la réussite ne l’est pas. Chaque année, ils sont plusieurs dizaines de milliers à venir s’écraser sur le mur de la 1re année. Une majorité va connaitre l’échec : environ 55 % dans les Hautes écoles et plus de 60 % à l’Université. La porte si grande ouverte à l’inscription se referme rapidement. Un système séduisant mais profondément hypocrite : le libre accès ou la Grande Illusion ?
Si l’échec est au cœur d’une sélection massive, c’est que la lutte des places se rejoue encore et encore, toujours silencieusement. Les jeunes provenant des milieux les plus éloignés du monde des études ne se lancent majoritairement pas à ce niveau, mais ceux qui « osent » le faire en seront les premiers exclus ; il en est de même de ceux qui sortent du secondaire avec un bagage plus faible (ce sont souvent les mêmes). Ces jeunes ont tenté le défi. Ils sentaient bien que les chances étaient maigres, mais il vaut mieux avoir essayé pour ne pas avoir de regret. Une fois tombée la sentence de la première année, certains osent une seconde tentative, essayent d’y croire. D’autres réajustent leurs projets, se réorientent. D’autres abandonnent. Il faut alors panser ses plaies, se construire un récit qui tienne la route… « Si j’ai échoué, c’est que je n’avais pas les capacités, que je n’étais pas vraiment fait pour ça. » Derrière ces vécus individuels fondés souvent sur la rhétorique du projet personnel, un enseignement supérieur qui ne rebat pas les cartes, qui rejoue une sélection bien connue aux autres niveaux de l’enseignement. Quelle légitimité donner à ce si généreux « libre accès » quand la sélection qui s’ensuit est si massive et si socialement injuste ?
On ne voit qu’une façon de sortir de l’hypocrisie. Commencer par quitter les rengaines habituelles : « Les niveaux sont trop inégaux. », « Les jeunes n’ont pas de projet. », « Ils manquent de motivation. », « Le secondaire ne fait pas correctement son travail. »... Et une fois ces litanies éloignées, agir. Ce numéro de TRACeS veut donner la parole à des initiatives qui, à l’échelle d’une institution, d’une classe, d’un auditoire, tentent d’utiliser les marges de manœuvre permettant de diminuer l’ampleur du phénomène. Il s’agit alors de mieux connaitre les succès qu’ils atteignent, mais également les freins et les difficultés qu’ils rencontrent.
Outre des articles faisant le point sur les causes de l’échec dans l’enseignement supérieur, ce dossier de TRACeS propose des textes de réflexion et des récits ancrés dans les pratiques de terrain pour ceux qui sont en recherche de solutions et ceux qui en veulent.