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Édito
Langue de scolarisation… nous sommes nombreux à avoir mis du temps à adopter le mot. Beaucoup en restaient aux difficultés rencontrées par les élèves dont les parents parlent mal le français… On y était presque, mais il restait un malentendu. Et ce malentendu était tout entier concentré dans ce mot « mal ». Toute la douleur de ceux à qui le français fait mal à l’école aurait dû nous sauter aux yeux. La langue de scolarisation est la langue qui scolarise, celle qui donne accès (ou non) aux apprentissages scolaires, aux parcours valorisés, aux savoirs qui émancipent. Ce « mal » qui disqualifie les uns pour distinguer les autres.
La langue de scolarisation est la langue adaptée aux apprentissages scolaires. Ce n’est pas seulement une grammaire, une syntaxe et une orthographe, c’est un regard qui se déplace, c’est un intérêt pour la langue en elle-même, pour ce qu’elle nous permet comme rapport au monde. La langue n’est pas un saucisson que l’on peut trancher, elle est à prendre dans sa complexité. L’enjeu est de taille, et le comprendre change complètement le regard du prof sur son rôle dans la classe. Pas qu’il faille enseigner le français de scolarisation, comme un cours externe, mais si ce français est la langue elle-même par laquelle passent tous les apprentissages, pour s’en emparer, malgré les proximités sociales et culturelles variables, elle doit être partout et tout le temps la priorité de l’école. Et ce, dès le début de la scolarité, car quand elle est utilisée comme une évidence pour tous, la langue fonctionne comme une machine à broyer les uns pour nourrir les autres de fierté.
Avec ce dossier, vous ne saurez pas tout sur le français langue de scolarisation. Ici, nous nous centrons sur les enjeux cognitifs de la langue. Il aurait fallu aussi aborder les enjeux affectifs et identitaires.
De la maternelle au supérieur, dans les différentes disciplines, des consignes aux contenus disciplinaires, apprendre à l’école la langue de l’école, parlée et écrite. Pouvoir se détacher de sa manière d’être au monde, avec ce tiers médiateur qu’est l’enseignant conscient des enjeux, et le langage comme ancrage. Avoir du pouvoir sur la langue, outil de l’école, pour s’émanciper des dominations. Apprendre à mettre des mots sur ces déplacements que vont devoir faire les élèves. Et sur ceux qui nous concernent… Notamment pour sortir de cette vision de ceux qui sont « faits » pour le « concret » parce qu’ils n’auraient pas d’intérêt ou de capacités pour l’« abstraction ». Ne pas déclasser ceux qui parlent mal parce qu’on ne sait pas comment faire avec ça.
Pour que le français des manuels, des enseignants, devienne celui de tous, il faut prendre conscience, en tant qu’enseignant, des malentendus qui traversent nos bonnes intentions avec les élèves qui n’ont pas le même rapport à la langue que nous. Apprendre à tous à débusquer les implicites, à lire entre les lignes, à voir ce qui est derrière, à jouer avec la langue, à l’apprivoiser pour en faire une alliée dans l’école. Et pour cela, écouter ce que disent les élèves et comment ils le disent, identifier les failles et les mettre au travail. Parce que nous en sommes tous capables ! Eux d’apprendre, et nous, d’apprendre comment faire pour mieux permettre d’apprendre.