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Ce livre propose une réflexion nourrie d’une longue pratique de classe. Même s’il est édité en France, l’ouvrage s’adresse d’abord à un public belge, puisqu’il prend position à propos de la réforme des cours «  philosophiques  » en général, et sur le nouveau cours de philosophie et de citoyenneté en particulier.
Cette prise de position repose sur une analyse préalable de notre cadre historique et institutionnel, et l’auteure n’hésite pas à pointer quelques questions qui chatouillent : quid de la reconversion des professeurs de religion et morale  ? Quid de la viabilité de la formation censée l’assurer  ? Quid du caractère insensé de projeter un cours avec de telles ambitions dans le carcan d’une seule heure hebdomadaire  ? La religion a-t-elle encore sa place à l’école  ? Et quel socle pour le nouveau cours philosophique : laïcité ou citoyenneté  ? Enfin, quelle philosophie enseigner aux jeunes  ?
À chaque fois, les réponses sont nuancées, et nous ne pouvons que partager une conviction centrale de l’auteure : ce serait une erreur d’extirper les cours philosophiques du prosélytisme des chapelles diverses pour en faire un cours neutralisé et encyclopédique «  à étudier  » (selon une certaine tradition française), plutôt qu’un cours «  à penser  ». Ceci dit, que cela n’empêche pas d’apprendre dès l’adolescence à élaborer une réflexion personnelle nourrie par ce que d’autres ont pensé avant nous.
C’est à partir de cette conviction que l’auteure opte pour l’option des ateliers de discussion philosophique, nourrie de divers autres apports : ateliers d’écriture, de pratique artistique, ou pédagogie institutionnelle. À chaque fois, l’auteure annonce avec honnêteté qu’elle ne se réclame d’aucune orthodoxie, et ce qu’elle expose est ce qu’elle a retenu de son propre cheminement sur ces différentes voies. Pour les intégrer dans une ligne de force dominante : développer la réflexion personnelle des élèves en soutenant leur «  besoin de développer leur imaginaire et leur besoin de rêver  ».
Suit alors une grosse partie (et c’est l’essentiel de l’ouvrage) de propositions de cours, centrées sur des thèmes inspirés du programme. Certaines sont plus développés que d’autres, certaines proposent les documents de travail utilisés en classe, beaucoup sont illustrés des productions d’élèves.
À les lire, on devine la contrainte de nos collègues de cours philosophiques de devoir boucler des thématiques essentielles en si peu de temps. Et on en sort avec un désir accru d’une école où le questionnement scientifique des élèves (que ce soit en biologie, en histoire ou en sciences sociales) puisse rebondir et prendre une ampleur nouvelle dans un cours de citoyenneté tel que pensé par l’auteure.

C. Buhbinder, Enseigner la philosophie et la citoyenneté, à partir d’ateliers créatifs, Chronique sociale, 2017.